vendredi 30 novembre 2012

Swans, ou, je ne suis ni russe ni bisontin, j'éprouve cependant un certain amour pour les choses étranges


L'action se déroule fin juillet 2012

Le chant n'est pas mon point fort... c'est un de mes très grands regrets. Chanter juste est un rêve. Mais d'après mes expériences passées cela risque de le rester encore quelque temps.
Je me souviens, en toute première année de guitare, mon prof m'avait demandé de reproduire à la voix une suite de notes qu'il faisait à la guitare. Je m’exécutai. S’ensuivirent dix très longues secondes où je m'entendais m'enfoncer un peu plus chaque instant. Rouge, transpirant et honteux je continuais...
Le calvaire se termine. Je fixe mon prof qui lui a la tête baissée et le sourire crispé. Il murmure tout bas « ...ouais...ouais... », Il relève la tête et en serrant les dents me dit très gentiment « ta voix n'est pas encore totalement posée ».
Merci.
Il y a cette autre fois en classe de troisième. Sauf que là, j'étais en train de muer. Le prof de musique, un peu fou, un peu sympa et très sévère derrière son piano, a un jour eu l'idée de me faire chanter seul devant la classe. C'était un gospel du nom de « Freedom ». Sous les rires lâches de la moitié de la classe et les expressions emplies de pitié et de compassion de l'autre moitié, je me lançai. Aujourd'hui encore, je n'ai pas oublié ce moment. Il m'arrive parfois aujourd'hui de me lever en sursaut dans la nuit paniqué. Je voudrais oublier ces 2 minutes.
Ce prof de musique, au moment de ma prestation avait porté son point à sa bouche et fixait sans broncher son pupitre. À un moment, il ferma les yeux et se gratta le menton : il était en pleine concentration. Je fini la partie qu'il m'avait indiqué. Il resta silencieux. La classe entière retenait sa respiration, seul un bon ami assis tout au fond de la salle dans la rangée du milieu n'arrivait pas à réprimer son fou rire. La tête dans ses bras, le corps écroulé sur la table, il ne put retenir ses rires. Et même lorsque le prof lui mit quatre heures de colle il ne pouvait s’arrêter. Je retournai à ma place (à côté de lui justement) et lui mis un coup de coude dans les côtes. Il était irrécupérable.
Le prof ne fit chanter personne d'autre cette année-là.
C'est pourquoi je suis constamment frustré lorsque j’entends quelqu'un chanter juste. J'aimerais tellement faire pareil.
Bref, dans le rock, il y a le défi de la plus belle voix. C'est un concours sans fin, mais un concours auquel tous les musiciens participent. C'est le plus complet, le plus beau et ce qui le rend encore meilleur, c'est que ce n'est jamais le même gagnant suivant l'époque.
La couronne de la plus belle voix a sans doute appartenu un temps à Elvis Presley. Le grand public a ensuite adoubé Freddy Mercury sans oublier les fantastiques Marvin Gaye et Roy Orbison. Combien de vainqueurs ? Combien de prétendants ? Son accessibilité fait également partie de la beauté de cette musique.
Mais moi, mon champion récurrent c'est Scott Walker.

En 1969 Walker sortait son quatrième album en solo. À cette époque il est connu et reconnu et connaît donc un grand succès public. Pourtant ce cd, nommé sobrement Scott 4, va faire un four (lol!) monumental et Scott Walker sera envoyé dans l'anonymat pendant quelques années avant de revenir pour le meilleur et pour le pire.
J'ai envie de dire « évidemment », Scott 4 est considéré aujourd'hui comme son meilleur album. De toutes ses créations, Scott 4 est la plus aboutie, composée de très beaux arrangements pop baroques servis par une voix incroyable.
La recette fait mouche tout au long des dix titres qui composent ce cd.
On dit que l'on mesure la force d'un cd par l'influence qu'il a dans le futur. De The divine Comedy à Arcade Fire, tous ont une filiation certaine avec Scott Walker et son fameux Scott 4. D'ailleurs la voix, et le physique (!) de Neil Hannon ressemble fortement à celle de Scott. Un mimétisme revendiqué.
Longtemps j'ai considéré Scott Walker comme LA voix du rock. Beaucoup arrivaient à sa hauteur mais personne n'égalait ce charme, ces intonations si particulières propres à cet artiste. Son titre « The World's Strongest Man » me servait de référence en matière de beauté vocale.
Mais, chaque roi doit un jour céder sa place. Et c'est cela qu'est chouette avec la musique, on n’attend pas que le roi décède pour lui trouver un héritier. Il peut y en avoir un nouveau toutes les semaines. En l’occurrence le nouveau suzerain dans le domaine vocal pourrait bien s'appeler Jannis Noya Makrigiannis. Et comme présentation hors musique je vais juste dire qu'il est danois.
Tiens, ça me donne envie de parler de la vitalité de la scène de Copenhague, mais je vais me retenir. Allez juste jeter une oreille auprès des groupes comme Iceage, Agnes Obel ou I Was a King
Mais le groupe qui m'intéresse aujourd'hui, enfin plutôt le projet solo, c'est Choir Of Young Believers et leur dernier cd Rhine Gold. Mené par Makrigiannis.
Mais quelle beauté ! Quelle grâce ! Sérieux ! Ce n’est pas humain d'avoir une voix aussi belle ! Déjà dans son premier cd Makrigiannis (que je vais abréger Makri, car le nom en entier est trop lourd à écrire) qui portait le nom de « This is for the white in your eyes » avait montré tout le potentiel que son chant cachait. Sur leur dernier cd, ce potentiel explose.
Je vais être honnête. Tout est fait dans Rhine Gold, pour que sa voix soit mise en valeur. L'étrange instru que l'on pourrait presque qualifier de pauvre met en relief ses cordes vocales. Très limitée, elle se réduit à une batterie très discrète, une guitare timide et quelques nappes électro par ci par là.
Enregistré très en arrière, l'accompagnement est juste là pour se faire oublier.
Makri s'est également bien fait plaisir avec la réverbe. Autant l'avouer, elle est plutôt balèze, surtout sur le titre « Sedated ». Mais que pouvons-nous dire lorsque Makri ouvre la bouche et laisse échapper d'entre ses lèvres ces mélodies grandioses ?
Cette voix est juste incroyable.
Ça faisait très, très longtemps que je n'avais pas eu des frissons au contact d'une voix. Imparable. Makri est là pour nous faire plier. Le titre « Have I Ever Truly Been Here » fait partie de la plus grande sensation musicale de l'année. Et c'est avec joie que je le vois prendre la place de « The World's Strongest Man » pour le statut de référence.
Ce morceau est emblématique de Rhine Gold. Une pauvre guitare sèche sur le dernier refrain, un synthé sur le reste du morceau, et Makri.
À mon enterrement, j'aimerais qu'il soit là pour chanter the foreground de Grizzly Bear pour ma mise au tombeau. Ça aurait carrément de la gueule. Avec le Prince Miiaou à la guitare et Stuart A. Stapples pour le chœur. Ça va être chouette.
D'ailleurs, j'ai vu que Grizzly Bear avait mis en ligne un autre titre à paraître sur leur futur album Shield prévu pour septembre. Il s'appelle Yet Again. Je viens de l'écouter.
Et bien.
Que dire ?

Bah en fait, j'ai peut-être trouvé un autre morceau de référence...
Oui, ça va très vite

C'est en tout cas avec Yet Again et Rhine Gold dans mon Mp3 que Léa m'embarqua pour une drôle d'histoire. Et cette histoire commence sur une pauvre route du Jura.
Dans un bus, dont la conception aurait fait jalouser un mauvais technicien de jigouli, en direction d'un village à mi-chemin entre le coin le plus perdu au monde et la forêt la plus austère de Franche Comté. Nous allions à un festival de musique un peu naze « c'est du bon black métal atmospheric » me vendait-il.
Léa aime le métal « moi mon truc, c'est le métal » répétait-il sans cesse de sa drôle de voix haut perchée. Il est vrai que dans ce domaine musical c'était un véritable puits de science. D'ailleurs on le surnommait « la truffe » dans l'assoce musicale où nous étions...
Bon, nous nous rendions alors dans le riant village de Liesle (13 habitants) me demandant encore comment j'avais pu me faire embarquer dans ce bus pour ce festival dans ce village.
Sur les sièges parallèles aux notre, se trouvait un adolescent qui ne devait pas être beaucoup plus jeune que nous. Il s'était paisiblement endormi, en bavant, sur les genoux d'une vieille madame. Il avait des boutons plein la tronche et un épais magazine de jeux vidéo sur les genoux. Il avait un gros casque, si gros qu'il faisait passer le « beat by dr. Dre » pour des écouteurs de danseuses. Une oreillette de son casque devait faire la moitié de son visage, les deux ensembles devaient constituer la taille exacte de sa tête.
La vieille personne qui devait subir l'intrusive présence de l'individu au gros casque fulminait contre ce dernier. Mais pas trop fort non plus pour ne pas le réveiller. C'était d'ailleurs assez amusant. Sa bouche et l'expression du visage montrait presque du dégoût pour le jeune homme alors que ses yeux n'étaient que tendresse et l'on sentait que quiconque osant le réveiller aurait à subir son courroux.
Léa me secoua le bras : « Tu sais, lapin, il n'y a pas de fumée sans feu. Me dit-il doctement 
- Certes, répondis-je
- Tu connais Mewithoutyou ? (je fis oui de la tête) Ils ont sorti leur dernière album il y a quelques heures. Le titre d'ouverture « February, 1878 », connu depuis plusieurs mois, avait affolé pas mal de gens par son nouveau potentiel. Y a moyen que ce soit un gros truc. Bam ! Dit-il en mimant une explosion avec ses bras.
- Je ne suis pas fan de Mewithoutyou
- et moi j’suis pas fan de toute la daube que t'écoutes! »
Léa me fixait désormais et la proximité de son visage par rapport au mien était assez gênante. De la fumée sortait de ses naseaux et soudain je sentis en lui son courroux. Mais il était immobile... il me rendait aussi nerveux que lors de la scène final du projet blairwitch. Tel un reptile à l’affût du moindre mouvement de sa proie. Je lui lançais de temps en temps des petits coups d’œil furtifs pour voir s'il bougeait. Il n'en était rien. Enfin il déniât de nouveau ouvrir la bouche : « Grand, je viens de trouver une perle qui seedait tranquillement dans mon pc. Écoute donc leur dernier album. C'est un bijou de rock indie, shoegaze et lo fi. Je le place en tête de mes sorties de cette année. Une merveille te dis-je. » Il s'était auto-calmé.
Le bus continua son trajet sur une départemental en aussi bonne état que l'autoroute Moscou-Vladimir en période de crue.
La conduite douce du chauffeur réveilla le jeune endormi en sursaut qui percuta le menton de sa voisine et fit tomba son casque à quelques centimètres de nos sièges. Entre les jurons de la vieille et les excuses du jeune nous pûmes discerner non sans mal quelques notes qui s'échappaient des énormes écouteurs. Je n'ai pas reconnu le titre. Par contre, les yeux de Léa se sont dilatés, j'avais l'impression d'être à côté d'un varan devant un seau de viande fraîche ou peut être un caméléon en surchauffe, quoiqu'il en soit, Léa rapporta le casque et le ramena à son propriétaire. Je fis le reste du trajet seul pendant que Léa, accroupie façon Guy Forget, en face de son nouvel ami discutait avec passion en secouant la tête et les bras. Ils débattirent ainsi jusqu'à destination du titre (je l'appris plus tard) « Pilori » de son groupe modèle: Birds In Row
Le paysage défilait sous mes yeux mis clos à allure modérée. À travers la fenêtre s'étalait la monotone et soporifique campagne de Franche Comté. À un vallon couvert d'arbre succède un vallon couvert d'arbres...
Cela fait maintenant trois ans que j'ai quitté Clermont-Ferrand pour venir à Besançon. J'ai été rapidement étonné par l'étrange provincialisme, qui est d'habitude réservé aux vieillards bas du front, qui ici touche tout le monde. Toutes les classes d'âge.
D'ailleurs de ce provincialisme découle un état d'esprit assez réactionnaire. Obtus au changement. Ce qui est assez étrange, voir paradoxal, au vue du glorieux passé politique de la région.
Léa est bisontin, mais son environnement l'importe peu. Il est à la fois hors et en avance sur son temps. Pour lui, tant qu'il n'y a pas au moins quatre cordes quelque part c'est sûrement superficiel et sans grand intérêt. Il ne s'ancre dans aucuns débats et n'allume jamais de discussions polémiques. C'est un chouette type.
Le front collé contre la vitre, j'admirais un troupeau de vaches assoupies à l'ombre d'un grand arbre que Courbet avait sans doute peint. Un vallon couvert de forêt succède à se paysage naturaliste.
« Mewithoutyou... » Ce nom me disait quelque chose « ils font du shoegaze eux?! »
La voix enjouée (et en pleine mue) du jeune avec lequel Léa avait entamé la discussion interrompi mon interrogation :
- « Pilori » c'est la matière. C'est la surcharge de l'extase. C'est la joie, c'est la vie...
- Jusqu'à l'apothéose, enchaîna Léa, c'est un « Nile Song » moderne, c'est la mort de la pensée conceptuelle. C'est le break du siècle à 00:32
- C'est le rock, la vitale brutalité du métal
- et le tout en moins de trois minutes, conclurent ils ensemble.
Je levai les yeux au ciel et retourna à la contemplation de l'interminable bois que le bus traversait à deux à l'heure.

Nous arrivâmes à Liesle. Nous vîmes une grange/salle de concert à l'écart du hameau. Léa me tira par la manche. Je le suivis. Il n'y avait personne.
En attendant l'ouverture de la « salle de concert » j'allai m'asseoir sur une meule. Nous avions deux heures à attendre (2h!). Bizarrement nous étions les premiers arrivés. C'est rare lorsque cela m'arrive, mais à ce moment-là, j'avais envie d'étrangler Léa. En plus de m'avoir traîné dans ce trou paumé pour un concert qui ne me disait rien, il m'y avait traîné avec deux heures d'avance.
Il s'assit au pied de la meule. Il leva la tête et plissa les yeux à cause du soleil de face. Il m'avoua tout bas « euh, je t'ai dit de prendre un sac de couchage ? Ouais parce que le prochain bus passe demain vers 11h... » Sa voix s'affaiblissait au fur et à mesure de sa phrase. Je le regardai.
Je le dévisageai. Enfin, je soufflai et sortis mon Tsugi de mon sac et commençai à le lire.
J'avais décidé d'ouvrir mes chakras et de laisser passer mon orage interne. Il me le paiera plus tard.
Je me rendis compte que j'avais pris le Tsugi du mois dernier que j'avais déjà lu « Seigneur... ».
Léa me demanda s'il pouvait alors me l'emprunter. Je lui tendis gentiment.
Les minutes passèrent et je commençai à m'assoupir le dos contre la meule.
La voix de Léa me tira des limbes :
- t'as entendu parler de cette histoire avec les Pussy Riots ? Me demanda-t-il en lisant un article sur elles. C'est fou...
Je maîtrisais ce sujet. Je décidai alors de lui faire la Leçon sur ce groupe de punk de la même manière qu'il me la faisait si souvent en me parlant d'obscurs mouvements musicaux estoniens.
« En plus, cela fera passer le temps » me disais-je.
- T'avais entendu parler de cette histoire ? Il n'y a qu'un encadré dans ton Tsugi à ce sujet.
Je me craquais les doigts et pris mon souffle :
- Il faudrait peut-être porter Nadezhda Tolokonnikova, Yekaterina Samutsevich et Maria Alyokhina au rang de symbole. Le symbole de la société russe.
Tu vois, ces trois femmes sont les principales leaders des fameuses Pussy Riots. Ce groupe de musique qui a exprimé son opinion sur le système autoritaire politique russe a été jetée en prison il y a quelques mois.
Cela faisait longtemps que Poutine cherchait une raison pour les mettre à la lioubienka. L'église lui en a enfin donné une : Elles ont blasphémé dans une église moscovite.
Blasphème. Elles sont jugées pour blasphèmes ! Tu te rends compte ?
Et comme on sait qu'il n'y a aucune séparation des pouvoirs en Russie, Vladimir Légoïda, haut placé de l'église orthodoxe, a déclaré qu'elle devait répondre de leur « sacrilège » et Poutine a juste dit « qu'il n'y avait rien de bon » dans l'action des jeunes femmes activistes. Quant au sénile patriarche Kirill, il demande la peine la plus forte.
Poutine aime bien donner son avis sur les affaires en cour, et sa participation dans les sentences de certains condamnés ne font aucun doute. Je ne sais pas si ça te dit quelque chose l'affaire Ioukos ? Demandais-je. Il me fit signe que non.
C'était une fantastique manœuvre pour pouvoir prolonger la sentence du magnat du gaz Mikhaïl Khodorkovsky en 2010. Cela fait 9 ans que Khodorkovsky est en prison pour s'être opposé politiquement à Poutine... mais ce n'est même plus important maintenant au vue du scandale qui approche.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, la population russe ne soutient pas les Pussy Riots et leur combat. Ce n'est qu'une minorité de « blogueurs » et d'activistes qui forment des regroupements anti Poutine.
Poutine dispose d'une assise populaire très impressionnante. Sans avoir truqué les élections en mars 2012, il aurait quand même été élu dès le premier tour. Ce qui confirme deux choses : à la fois la stupidité de ce dernier et l’aveuglement du troupeau qu'il dirige.
J'ai eu la chance d'aller faire un tour en Russie l'année dernière, tu te souviens ? Je pense que plus des 90% des gens que j'ai rencontré la bas sont xénophobes, homophobes et pro poutines. Le peuple russe est un peuple qui est fait pour être dirigé et pour insulter son prochain de « Chiourki ». Aveuglé par l'ultra libéralisme et le populisme nauséabond du parti politique Russie Unie, il est prêt à gober n'importe quoi.
Je ne parle même pas du statut des femmes. C'est une catastrophe.
J'ai également été révolté par le nombre de svastika pintes partout dans Moscou. Ce pays qui a 50 ans de retard n'arrive pas à faire autre chose que du nationalisme qui repose sur la soi-disant grandeur de leur pays. Ils n'ont que « la grande guerre patriotique de 42-45 » à la bouche pour justifier leur puissance. Ils ont également le nom de Joukov qui « avait autant de médaille que Staline » qui avait arrêté l'armée allemande aux portes de Moscou.
Je rappellerai juste que si pour eux la guerre c'est 42-45 c'est parce qu'ils étaient occupés à partager la Pologne en deux avec le troisième Reich en 39.
Alors oui, je porterais les trois leaders des Pussy Riots au rang de symbole. Symbole du contre-pouvoir présent pour tenter d'endiguer tous les excès commis par les apparatchiks politiques russe.
Ces féministes activistes ancrées dans le XXIe siècle risquent de se voir infliger sept ans de prison ferme par des types en nuques longues à la ramasse la plus totale.
Léa me regarda avec des gros yeux ronds étonnés.
- Oui, j'en avais entendu parler, et ça me révolte, terminais-je
Nous passâmes le temps qu'il nous resta à parler de foin, du fait que c'était cool d'être assis dans un champ et du moyen qu'on allait trouver pour passer la nuit.
Je n'ai jamais été fan de Mewithoutyou. C'est dur de percer la beauté de ce genre de groupe au « spoken word ». Néanmoins, il faut leur reconnaître une force : la source de leur inspiration.
Les frères Weiss, qui forment le noyau dur du groupe, baignent dans la religion depuis toujours. Il était donc impensable que celle-ci ne soit pas présente dans leur musique. Comme une commode Louis XIV, ce groupe d'indé post-hardcore possède un nombre incalculable de tiroir. D'origine juive, élevé dans la tradition musulmane du soufisme ces frères de Philadelphie ont également vue leur mère se convertir au protestantisme. Wut ? Ces références religieuses sont notamment présentes sur le titre « Fox's dream of the log Flume » il y a des rapports à Dieu constants. Il est ici présent comme témoin et interlocuteur.
« There's obviously no god but there's definitively a God ». En rupture dans les paroles et dans l'instru. À l'image de l'album entier qui vient de paraître : « Ten Stories ».
C'est vrai que souvent dans un disque il y a toujours 1 ou 2 titres dit « à tiroir », mais là, c'est simple, tous les titres le sont. C'est un cd de rupture. C'est d'ailleurs le mot de l'album. Le qualificatif qui lui correspond le mieux : Rupture. Cassure. Brisure...
Il y a du Modest Mouse de l'époque « Lonesome Crowded West » la dedans. Un rock Indie fou mélangé avec la richesse de Grizzly Bear : Breaks et ponts dans tous les sens.
Revenons sur « Fox's dream ». Ce titre c'est le « Gravity Rides Everything » de Ten Stories. De par sa guitare et ses dissonances avec la voix. Et il y a ce break terrible au 2/3 du titre qui le fait pénétrer dans une autre dimension, à la recherche de nouveau motifs musicaux, de nouveaux thèmes...
« Fox's Dream » est le morceau complet de l'album qui caractérise à la perfection ce dernier opus de Mewithoutyou. Il y a tout : Dieu, les rebonds dans les mélodies et le spoken words à la frontière du chant hardcore.
Il y a un truc coolos avec Mewithoutyou. On peut écouter le début et la fin d'un même morceau on ne reconnaîtrait pas le titre. Un peu comme le fameux « 2+2=5 » de Radiohead.
Du beau boulot.
Je crois que l'on peut créer un lien entre le leader d’Of Montreal, Kevin Barnes et Mewithoutyou. Les deux s'attachent à un élément qui peut provoquer du rejet. Ils se consacrent à ce qu'ils aiment (ou adorent) sans se soucier du regard des autres. Drogues pour Barnes et religion pour les Weiss.
« We want our film to be beautiful not realistic » hurlait Kevin Barnes lors du climax du grand « the past is a grotesque animal » en 2007. Il est alors en total rejet. De la société, de ses proches, de lui-même. Il souhaite s'échapper et cela par tous les moyens possibles.
Barnes sait que ses seuls occupations et plaisirs sont artificiels et dangereux. Et c'est peut-être là le point d'orgue d'Hissing Fauna, are you the destroyer ? Il comprend qu'il court à sa perte mais il fonce avec le sourire « At least I author my own disaster ». Il se dit qu'il doit tout faire pour améliorer son existence et avoir le contrôle de sa vie malgré les différentes sphères sociales qui l'emprisonnent, le coincent ou même le persécutent.
De tous ceux en pleine dégénérescence, Kevin Barnes pense qu'ils se rattacheront à un élément qui produit encore plus le rejet: la spiritualité, la drogue, le sur naturel... Tout ce qui peut être critiqué ou non admis par un groupe sociologique est bon à prendre. Mais ce rejet provoqué contribue à un regain de forme. Car à ce moment-là, Barnes et les autres sont à nouveau remarqués, ils existent !
Ils veulent se réfugier dans quelque chose qui leur font du bien directement et indirectement. Dans les moments de détresse, Barnes semble nous dire qu'il y a un besoin de dépendance à l'interdit que l'on se doit d'assumer pour vivre pleinement les plaisirs ou sensations que nos procurent ces interdits.
Dès les premières secondes de Ten Stories, sans ajout de pistes, Mewithoutyou prend nos viscères, les étire et les plonge dans un gouffre électrique.
Dans les mouvements introductifs de February 1848, Weiss avec sa voix comme seul outil arrive à faire bousculer l'écoute du titre d'ouverture dans quelque chose d'énorme. Weiss s'arrache, on chavire. Il nous promet une puissance de feu sans commune mesure, mais à tort. Car le reste de l'album est plus apaisé.
Malgré tout, le titre d'intro reste un des morceaux forts de l'album : C'est une histoire en trois temps. Une histoire construite, c'est un boulot d'architecte. C'est un enchevêtrement de couloirs, d'escaliers et de vastes et grandioses salles de réceptions.
Cette première minute illustre à la perfection l'idée de transcendance pop.
C'est un thème basique, construit à partir d'un trio rock moderne, qui devient un crescendo dévastateur. Au lieu d'assister à un ajout de piste comme dans n'importe quel crescendo classique, il y a un nivellement par le bas de la structure musicale. On va provoquer l'attente et la réaction chez l'auditeur. Un seul élément du motif en question va se développer. Sur « february 1848 » c'est la voix par exemple. Il y a également une magnifique transcendance pop sur le long du titre « No Futur No past » de Cloud Nothings. Le deuxième album des Foals, Total Life Forever est en grande partie construit de cette façon également.
La répétition est volontaire et provoque l'attente. C'est sans doute un des procédés du moment le plus efficace dans la musique moderne.
Assis dans la paille, Léa pianotait sur son téléphone pendant qu'une file d'attente avait commencée à se former devant la grange/salle de concert. Une quinzaine de personne, soit une augmentation de plus de 100% de la population de Liesle. La plupart venait en voiture et le champ dans lequel nous attendions se transformait peu à peu en une sorte de parking improvisé.
Vers 18h, nous commençâmes à nous diriger vers les portes d'entrées. Léa me parlait des groupes qu'on allait voir, je me demandais comment on allait dormir. À chacun ses préoccupations... Je pensais appeler une amie qui avait récemment eu le permis mais j'avais peur de déranger.
Je n’aime pas déranger les gens.
J'aime pas trop non plus me pointer à l'improviste dans des concerts pouraves.
Hmpf, ce n'était pas mon jour.
La salle des passagers du zinc correspond à tous les clichés que l'on peut se faire d'une salle « underground » situé en plein centre-ville, mais je crois que la grange de Liesle la bat à ce niveau.  La première chose que l'on remarque en entrant dans cet antre c'est le sol jonché de paille. Il y a aussi une meule. Une meule de foin dans la salle de concert ! J'avais juste l'impression qu'ils avaient posé quatre façades en bois pour délimiter l'espace réservé aux concerts.
Mais c'est à ce niveau-là que la magie opère. La rencontre entre musique et campagne profonde : le sol de paille était poisseux. Je pataugeais dans la bière.
Il y avait un comptoir (une planche de bois horizontale et deux verticales) et un mec affalé dessus. Les néons et les guirlandes de mauvais goûts rappelaient une kermesse de fin d'année dans une école maternelle. Les lumières s'allumèrent tout d'un coup... On y voyait toujours que dalle.
« Des ampoules basses consommations » souffla Léa, et ses yeux s'éclairèrent.
Comme par habitude désormais, nous allions nous asseoir sur la meule. Étonnamment la salle se remplissait bien. Un flux réduit mais constant de spectateurs allait et venait.
« Je crois que c'est le premier concert de ma vie que je fais avec toi où il y a plus de 20 personnes » dis-je à Léa.
Je regardai sur un flyer le premier groupe à passer : « the devil' son »
- Dis donc Léa, t'as pas l'impression qu'ils se foutent de notre gueule les groupes de métales avec ses noms ?
- Boarf, t'es mauvaise langue. Ils veulent exprimer des choses...
- Devraient commencer par leur sexualité.
Il fronça les sourcils mais soudainement il m'agrippa l'épaule, siffla et pointa du doigt quelqu'un dans la foule.
- Le type du Bus !
- Demande-lui s'il a un endroit où pioncer...
Il se dirigea vers le quidam en question.
- Bastou ! Lapin ! Tu ne m’as pas dit que tu allais au piou piou festoche ce soir !
- ça m'a pris subitement. Il restait encore des places, dingues non ?
«Incroyable » pensais-je
- Tu viens voir un groupe en particulier ? Où tu viens juste profiter du verre de bière éventé à 1€ ? Demanda Léa
- Un peu des deux j'imagine, sourit « Bastou ». Il y a ce groupe de Post Slowcore qui verse dans le sad rock de temps en temps qui peut être intéressant. The Tears of Evil (« les larmes de l'enfer ») qu'il se nomme.
Je me pris d'un fou rire. Ils me regardèrent se demandant tour à tour si j'étais fou ou simplement crétin. Je me repris. Il est vrai que notre salut nocturne allait sans doute passer par Bastou. Je m'en voudrais de le froisser.
Léa m’introduisit enfin. On se serra la main. Il se présenta un peu. Je lui demandai ce qu'il faisait dans la vie :
- J'écris des Haïkus, dit-il
- J’n’en ai rien à... woua, tu es un peu poète, dis-je avec une petite pointe amicale et ironique dans la voix. Mais je veux dire, sérieux, t'es encore au lycée ou bien ?
- Je travaille comme apprenti chez un fermier de Liesle. C'est lui qui m'héberge ce soir. Mais je passe mon temps à écrire des trucs. Tu vois, un jour je fais des Haïkus puis je vais torcher une nouvelle le lendemain. Vu que je ne fous rien à la ferme j'ai tout le temps. On m'a publié pour la première fois il y a bientôt un an. Et ça fait deux mois qu'on me paye. Le magazine Orientalis. C'est eux qui me payent.
Ils sont spécialisés dans la médecine alternative. Les mecs sont persuadés que la lecture à voix haute de Haïkus positifs peut guérir des maladies. Du coup ils en mettent plein. Le marché du Haïku curatif est un marché juteux, nous fit-il avec un clin d'œil.
Léa siffla d'admiration :
- C'est la chose la plus stupide que je n'ai jamais entendu de toute ma vie, ria t'il.
- Tu es une sorte de voleur feng Shui en fait ? Demandais-je.
- Un peu. Surtout que j'emballe un Haïku en 15 secondes...
Je ne pus m'empêcher :
- Tu te fais combien?
- 10 balles le Haïku. Sachant que j'en envoie quatre par numéro et que c'est un magazine hebdomadaire...
- 160€ par mois enfoiré !
Nous l'applaudîmes. Il fit une petite courbette de reconnaissance.
Le concert fut décevant en comparaison avec la discussion de Bastou. « Le fils du diable fini son concert par quelques jets de flamme et d'un monologue satanique, la salle atone ne répondit rien à l'élan mégalomaniaque du type. Désapprobation, énervement... Ce type devait tenir son nom pour le don qu'il avait d'instaurer l'ambiance la plus pourave dans un lieu déjà craignos. »
Les heures passèrent les groupes défilèrent. Secouer la tête n'était même pas intéressant. Bastou était hypnotisé par la batteuse trop moche de Tears of Evil tandis que Léa et moi testions la contenance d'un fût. La musique, pour une fois, était carrément secondaire.
Minuit était passé depuis bien longtemps, un type s'égosillait sur un micro, Bastou emballait la batteuse citée plus haut dans un coin sombre de la salle et Léa tentait de boire deux verres à la fois.
Sans succès.
Notre fût était vide et la meule de foin était occupée par Bastou et sa copine. Rien ne nous retenait ici. Je voulais rentrer chez moi. Je voulais être tranquilou assis dans mon canap à écouter de la musique. Mais une bonne quarantaine de kilomètre devait séparer mon canapé de mon corps.
Léa me dit qu'il avait une idée. Il me dit rien d'autre et se dirigea vers notre nouvel ami.
Bastou accepta de nous héberger. Nous dormîmes dans la grange. Je commençais à en avoir sérieusement marre de la paille à ce moment-là. Mais pour une fois j'ai pu écouter dans de bonnes conditions quelques titres de Mewithoutyou.
Comme le miroitement de nos chemins se dévoile, l'imagerie de Mewithoutyou prend forme et lentement les grâces apparaissent et hantent les auditeurs que nous sommes. Des images, des scènes, un Dieu, des animaux ou même des Dieux et des idéaux. Voilà le corps, voilà l'âme et le ressort de ce quintet divin.
Je m’endormis sur l’entêtante mélodie du titre conclusif « all circles ». Pas longtemps car quelques instants plus tard, Léa fini le deuxième fût et me demanda si j'étais d'accord pour aller en choper un autre dans la grange de concert. Je lui fis un doigt d'honneur et me rendormi. Une dizaine de minutes passèrent et c'est Bastou qui me réveilla à moitié à poil pour savoir s'il « pouvait me taxer une capote ». Léa s'était endormi la tête sur mon ventre. J'avais de la paille plein la tronche.
- à une condition... Je veux une chambre
- Deal.
Enfin, le bus du retour s'approchait de la gare de la bonne ville de Besançon. Je voulais revoir mon studio, le prendre dans mes bras.
- MewithoutYou a fait du bon job. C'est vrai.
- Dans ton top 10 de l'année ? Me demanda-t-il.
- Carrément.
- Je te ferai mon top de l'année à l'occase...
- T'inquiète, j'ai ce qu'il faut en P.q.
Le bus arriva. Nous descendîmes les jardins de la gare en direction du quartier battant dans le grisant silence du petit matin un jour de repos. Le ciel était gris et marcher nous rendait joyeux. Nous passâmes par feu le pont Battant. Enfin au niveau de la place de la Mairie à quelques secondes de chez moi et à une minute de chez lui, Léa me tendit la main :
- C'était une bonne soirée lapin
- La prochaine me tarde, grand.
Nos routes se séparèrent et, enfin, la porte d'entrée de mon immeuble m’apparut tel le christ à St Thomas.
« Yet again, you’re the only one... »

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Quelques jours plus tard…
Il y a le réveil, mais il y a aussi le lever. Mal au crâne. Aux dents et à la racine des cheveux. La bouche pâteuse, un mal de bide démentiel et surtout, cette envie de vomir forte et constante qui nous prend à la gorge toute la journée.
Il n'y a pas de remède. Le pire c'est quand il faut aller déboucher les différents éviers obstrués durant la nuit par ses camarades. Prendre la serpillière et nettoyer le flux inexorable de vomi qui s'écoule à travers les tuyauteries.
L'envie de bouger est absente.
On est allongé tant bien que mal sur un sol/drap/matelas avec un oreiller/serviette et le mal physique nous clou au sol.
Dans la crasse mais aussi à moitié dans le sommeil et si ça peut faire disparaître un peu les effets de cette monstrueuse gueule de bois, alors on prend. Comme des zombis tentant de nier l'effroyable état dans lequel nous sommes, scotchés sur un sol immonde et inconfortable, on se force à clore les paupières.
Et puis enfin, un certain sens du devoir nous frappe. Il est seulement 10h mais de toute façon, on ne dormira pas plus alors on se force à se lever et là, ce n'est plus le devoir mais c'est la douleur qui nous frappe. Nos veines s'élancent. Notre crane explose...
Il y a aussi cette plaque du sucre sur les dents. Cette sensation de mâchoire lourde accompagné d'une haleine que nous avons nous même du mal à supporter.
Enfin, il y a la panique. Qu'ai-je fait hier soir ?
J'ai eu l'image du singe ensuite. Un babouin au poil roux. J'avais cette scène en tête : le primate frappait des boutons d'une table de mixage comme un taré. Étrange... je ne sais pas pourquoi mais sur le coup ça m'a rappelé qu'une tonne de cd s’amoncelait (de manière numérique) sur mon ordinateur. Une bonne trentaine que je n'avais toujours pas écoutée. Le plus vieux datait de 2 jours et le plus récent de cette nuit. C'était la masse. La masse de données et d'infos inutilisées entrain de pourrir dans mon lecteur.
Je lançai un titre, puis déçu de ne rien ressentir, j’éteignais la chaîne. J'en avais marre d'être totalement improductif. C'est vrai, on se lasse de tout... pourquoi insister quand on ne veut plus entendre ce que l'on écoute habituellement. Briser la routine du cd/critique/cd/critique (~). Mais pourquoi faire ? Pourquoi je m’ennuie des choses dont je me délectais auparavant ? Allongé tant bien que mal dans ma baignoire, les mains sur mon front, j'essayais de contenir le mal de crâne.
Le sol d'une baignoire est dur. Je peux vous le dire car mon dos a carrément dégusté toute la nuit, et qu'en plus d'avoir une gueule de bois monstrueuse j'ai eu le bonus scoliose + 3.
10h02. Pourquoi je suis dans cette baignoire d'ailleurs ?
Ah oui, mais qu'est-ce que je fou là ? Je me levai. 5 secondes. Puis je couru vomir au toilette. Je sorti de ma salle de bain. Je tombai alors nez à nez avec l'un de mes camarades en train de ronfler comme un porc sous la table, une bouteille vide coincé sous son ventre.
Je regarde l'heure : 10h10. Que vais-je faire aujourd'hui ? « Je n’ai pas un CM cette aprèm ? »
Comme une évidence ! Comme une flamme d'un briquet qui se serait allumé grâce à une dernière goutte d'essence ! Je commence ce soir ma nouvelle émission de radio. Enfin. Soulagé d'avoir un objectif.
C’était il y a quelques jours. Bethany, une amie aspirante journaliste, m’appelle en soirée : « j’ai une proposition ». J’avoue qu’à ce moment précis, mon cœur s’accéléra et je sentis qu’une bonne nouvelle n’allait plus tarder à arriver. Je le flairais. « On m’a proposé de tenir une émission de radio, je ne le sens pas de le faire seul. Ça t’intéresse ? ». Je savais que Bethany avait jeté un œil à ce que j’écrivais. « Une émission de musique en nocturne ». Plus qu’un rêve, un fantasme. A cet instant précis, je sautais en l’air. Un point rageur vers le ciel. Tout comme Antennas. Ivre de joie comme si je venais de boire 3 gallons de pure bonheur. J’essayais de me contenir… Je rassemblais mes esprits, me calma un peu et répondis d’une voix claire, posée et sérieuse :
- Ça à l’air intéressant, Bethany. Aurais-tu plus amples détails ? Demandais-je d’une voix mielleuse.
- Oui bien sûr ! Cela serait sur Radio Sud. 101.8 Fm. Le mercredi de 22h00 à 00h00. Et le mieux… on passe la musique que l’on veut ! On a carte blanche. Alors ? Ça te branche ?
- Ouais… ça me branche carrément. Je rêvais déjà des futurs sujets possibles et à comment j’allais baisser ma braguette devant les micros comme dans « Good Morning England ».
Quelques semaines avant ce coup de fil, ma copine m’avait demandé forcé d’envoyer mon dernier article à Bethany : « Elle est déjà dans le milieu, elle, envoie lui ton texte sur Allo Darlin’, ça pourrait peut-être donner quelque chose. En tout cas, faut que tu tentes ». C’est donc ce que j’ai fait. Et me voilà désormais avec ce petit quelque chose en plus. Bethany reprit :
- On fera équipe avec une troisième personne. Je crois que tu le connais. Il s’appelle Léa…
Et qu’avais-je préparé pour l’émission de ce soir ? À vrai dire, pas grand-chose. C’était surtout du vite fait enrobé d’une bonne dose d’improvisation. Avec Léa, on s’éclate bien à le faire en tout cas.
10h20. C’est le début de la renaissance. Et l’accouchement commence en se lavant. Puis on se rase, on se frotte les dents (3 fois) et on termine par les lentilles. Ensuite, on s’habille. Mais très vite, les effets de la gueule de bois reviennent lorsque l’on doit passer sa tête dans un T-shirt ou en se baissant pour faire les lacets de ses chaussures. Alors la torture recommence, mais cette fois ci, on est propre.
C’est là. A ce moment précis que mes oreilles se posèrent sur le meilleur cd que je n’avais jamais entendu. Mais alors, quels mots choisir pour décrire cet objet ? Vais-je encore user d’usants superlatifs ? Pour faire simple je vais commencer par une comparaison. Disons que l’objet en question atteint l’état de grâce du Dark Side of the Moon et la qualité d’Ok Computer. C’est une œuvre d’art intense, complexe, profonde et complète. Ais je le recul nécessaire pour lui apposer un jugement quelconque ? Sans doute que non. Alors, pour la première fois depuis que j’ai commencé à écrire des trucs sur la musique, je vais laisser mon côté dogmatique au fond du tiroir.
Cette année, j’ai adoré des tas de chose. Grizzly Bear, Tindersticks, The Men… J’ai découvert Allo Darlin’, Franck Turner et tellement d’autre ! La liste de mes sensations fortes musicales de l’année 2012 pourrait bien s’étendre sur plusieurs pages. Mais qu’est-ce qu’un bon Cd face au bouleversement individuel provoqué par un album seul ? Je ne parle pas du dernier Godspeed ni de Dirty Projectors qui sont deux Cds proche de la perfection. Je parle d’une galette qui va au-delà de la musique. Qui transcende les structures. Oublie, pulvérise et mal traite tous les codes mis en place. Et bien qu’il s’éloigne de tous terrains sonores connus, je parle d’une déclaration d’amour à la musique. Entre la haine et la passion, je veux parler d’un ouragan
Je parle de Swans et de l’album The Seer.

Lunacy ! Lunacy ! Lunacy ! Face à la puissance et l’impact créé par chaque instant. Tel un cri d’allégresse ! Absalon ! Absalon ! C’est le vent qui souffle la musique de Swans. Nos veines s’élancent et les cieux musicaux se déversent dans nos oreilles. C’est le chaos. Où est le commencement ? Et où est ce que cela termine ? Comme la course d’un colosse, les sons qui s’échappent de The Seer sont inexorables et sans limites. Sans commune mesure, les auditeurs n’en resteront pas indemnes.
Il y a deux éléments essentiels chez Swans : La puissance et la lenteur. Deux caractères cultivés tout le long de leur longue carrière qui sont ici sublimés. C’est l’acmé de la force et, comme dirait Marcel Kanche, le vertige des lenteurs.
Le penseur de cette infernale machine s’appelle Michael Gira. Il a reformé Swans il y a quelques années pour mettre sur bande ses idées et les sons qui hantaient son esprit. Il l’a dit « J’ai mis trente ans pour faire ce Cd ». Alors, lorsque Swans s’est séparé en 1997 quelque chose manquait à Gira. Le gout de l’inachevé le taraudait. Déjà en 1982, The Seer « le devin » fait son nid dans le creux de son âme. Et partout au fil de sa discographie les signes de la tempête à venir se faisaient sentir. Ainsi en 84 sur l’ep Young God le titre « I crawled » était déjà présent. « I Crawled » qui constitue désormais la deuxième partie du titre éponyme de The Seer. Jarboe, L’autre membre essentiel du groupe, qui avait quitté Swans au milieu des années 90 rejoint spécialement Gira pour l’aider dans la mise à bas.
A la fois concret et totalement abstrait, The Seer reprend les thèmes humains les plus importants : La mort, la destruction mais aussi la spiritualité. Le mysticisme et la folie sont aussi présents. Comme Dark Side, ce Cd est universel. Mais comment exprimer ces conceptions ?
J’étais donc debout dans ma chambre/salon/cuisine lorsque la lecture de The Seer s’enclencha. C’était le titre Lunacy. Ce fut une onde de choc. « Est-ce mon idéal musical ? » me demandais-je après quelques minutes d’écoute. Je me trainai jusqu’à une chaise. Le rythme obsédant et les incantations du titre d’introduction me transcendèrent. Cependant, mon mal de crâne revint vite, j’éteignis la lecture. La journée fut sadique. Je ne faisais que de penser à ce que j’avais entendu le matin. Pendant les trois heures de droit politiques, le plus insupportable, ce n’était ni la voix du prof ni ma gueule de bois, mais juste l’envie non satisfaite de vérifier et d’aller plus loin dans l’œuvre de Swans. Il faut dire qu’avant The Seer, je ne connaissais que très peu Swans. Surtout de réputation. Alors l’envie est vite devenue un besoin. C’est fou. Cela semblait devenir physique.
Dans le bus qui m’éloignait de la fac je me suis dit que je passerais bien vite fait chez Léa. Il devait avoir fini les cours lui qui était en manaa. Feignasse d’artiste. Il était alors 18h et notre émission commençait dans 4h. Je sonne à l’interphone : « C’est qui ?
- C’est moi
- ok »
A la fois exténué par ma nuit et ma journée, et heureux des évènements à venir, je montais les escaliers fébrilement quatre à quatre en manquant de me gaufrer à chaque enjamber. J’arrive devant sa porte « espace non-fumeur ». Elle s’ouvre. « Salut grand ! » je voulais juste préparer l’émission et rentrer chez moi. Nous nous installâmes dans ses canapés et décidons de la marche à suivre pour ce soir. « Le Three Way Jack numéro 5 sera un spécial shoegaze ! » me dit alors Léa les yeux brillants. Il commença à me lister des groupes :
- Yo la Tengo ou Dinosaur jr?
- Yo la Tengo
- Merchandise ou Wild Nothing?
- Wild Nothing
- Ride ou My Bloody Valentine?
- Les deux!
Et ainsi de suite. Finalement, en écoutant les guitares saturées du shoegaze j’oubliai peu à peu Swans. Si bien que lorsque Léa me proposa de rester manger chez lui j’acceptai. « Je vais te faire des protéines de soja avec du lait d’épeautre ». Au départ, je croyais qu’il se foutait de moi. Mais non, pas du tout. « Je suis végétarien, je ne supporte pas qu’on fasse du mal aux lapins ». Je restai silencieux quelques secondes… puis, je décidai que cela ne servait à rien de débattre de ça maintenant. Nous mangeâmes et bûmes plus que de raison. La chaleur (à la fois réelle et littéraire) de son studio me faisait du bien. Assis par terre « pour que la nourriture circule mieux » nous finîmes par déguster une fabuleuse goutte que son oncle fabriquait dans les granges de sa ferme perdu dans les vallées de Haute Saône. La soirée défila.  Finalement, vers 21h, on décida qu’il était temps d’aller prendre le bus :
« - T’as bien les clés ? Demandais-je
- Oui
- T’as pensé à prendre nos clés USB ?
- Oui, me fit il plus fort
- T’as…
- J’ai tout !
- Ok, ok… Tu sais, je suis toujours un peu tendu…
- T’inquiète grand »
Nous arrivâmes trois quart d’heure en avance dans les locaux de radio sud. Je relis mes notes, baisse et remonte ma braguette devant le micro (une idée fixe chez moi) et liste mes mp3. Je ne vois pas le temps passer, on prend l’antenne dans 5 minutes. « Dis-moi Léa, elle est où Bethany ? ». Petite panique. Mon portable sonne. C’est elle :
- Boys ! Je me suis trompée de bus ! Vous allez devoir commencer sans moi…
Bethany est l’animatrice, la technicienne et notre raison de vivre pendant ces deux heures à la radio. Léa pleurait (à chaude larme). « Mais qu’est-ce qu’on va faire !? ». Finalement, nous reprîmes nos esprits et apprîmes sur le tas à nous servir d’une console. « Alors… euh… là ça doit être le son de la console 1… » Ce fut un poil laborieux. On lança l’émission en montant tous les micros (dans le doute) : 
« - Bonsoir ! Vous êtes bien sur radio Sud. Vous écoutez Three Way Jack l’émission de rock indépendant ! Et de quoi on parle ce soir Léa ?
- Alors on vous a concocté un programme avec du pur shoegaze, du classique à la new wave shoegaze! Du son bien lourd que vous allez adorer. On va tout vous raconter de 91 à maintenant. Mais toute suite on s’écoute The Generationals avec leur titre U Say It 2 on se retrouve après ça avec le sommaire de ce soir»
On se frappa la main « Aw Yea ! ». Et pendant que Ted Joyner nous chante I can’t believe you say it too Léa et moi dansions comme jamais. Dans un état second, dans le studio, sur les chaises et puis sous la table. (Plus envie d’écrire quoique ce soit, je sors prendre l’aire, ça fait 3 siècles que je suis assis à ce bureaux pour écrire cinq lignes de merde… Il fait un froid de canard. Je me gèle. Je viens vraiment d’avoir une idée stupide. Un mardi soir, à 22h à Besançon, il ne se passe pas grand-chose. Un peu comme partout d’ailleurs. Je me dirige là où mes pas me mènent. Je passe dans les larges artères, et m’avance vers le Doubs, aux abords du quai je m’assois enfin. J’ai dans ma poche une lettre de la direction des douanes. Je l’ouvre, c’est un accusé de préinscription du concours externe pour l’emploi de contrôleur des douanes « Purée, faites que je le loupe ». Je regarde autour de moi quelques instants. Je suis vraiment seul. Le noir de la rivière est très beau en cette nuit d’automne. Et les murs bleus de la ville se reflètent avec les plus agréables des effets dans l'eau grâce aux nombreux projecteurs pointés sur les façades. Je reprends mon chemin et parcours cette fois ci des lieux plus fréquentés. D’abord une rangée de bar quasiment vide, puis un carrefour piéton déserté. Je me retrouve enfin sur la place des beaux-arts (ou de la révolution, ou du marché, je n’ai jamais su) Je croise une fille, elle me sourit. Je jubile intérieurement. Une foule de personne quitte un cinéma. Je vais à leur rencontre pour tenter d’accrocher des bribes de conversation et deviner le film qu’ils venaient tous de voir. J’ai rien entendu. Je continue mon chemin et passe devant le Kilarney. Ce pub irlandais est tenu par des voleurs. Ils vendent surement la bière le plus cher possible. Pour deux personnes, il faut prévoir facilement 15€. Lorsque j’étais en couple, le vieux aigri qui sert de patron a bien du empocher 50% de mon argent mensuel. La bière est y certes bonne, original et exotique mais quand même… Cela fait bien 1/2h que je suis dehors à me geler, je fais un dernier crocher par la rue Gambetta. J’entends d’ici Léa « t’écris le guide du routard de Besançon ? ». Je rentre enfin chez moi.) Bethany nous a rejoint, nous finissons la deuxième heure ensemble. On donne rendez-vous à nos auditeurs pour la semaine prochaine. Peut-être que cette fois ci ils seront plus de 30 ?
Il doit être un peu plus d’une heure du matin. Je viens juste de rentrer chez moi. Je lance enfin la lecture de The Seer. Ça faisait des siècles que j’attendais ce moment. Je m’enfonçai dans mon canapé/lit/bureau et l’écoutais pour la première fois en intégralité. De manière totalement passive. Qu’est-ce que ça fait du bien d’ailleurs ! Écouter un cd et rien d’autre ! Se laisser porter, déguster et vivre au rythme du talent des musiciens. C’est en tout cas ce que je comptais faire. Mais dès la rupture de la cinquième minute de mother of the world je me suis retrouvé à sauter sur ma table basse à faire du air guitare et bouger mon corps de la manière la plus absurde qui soit. Mon système nerveux, mes tripes s’étaient laissé aller à la rythmique diabolique des 15 premières minutes de The Seer. C’était juste incontrôlable. C’était plus fort que tout : la répétition du riff, la batterie martiale qui allaient au-delà de tous thèmes musicaux connus. Une transcendance pop sans limite. Jamais un coup de caisse claire ne m’avait autant enivré. Et lorsque le corps et l’esprit ont été suffisamment préparés et chauffés par de longues introductions instrumentales entêtantes, les voix de Jarboe et de Gira entament leurs incantations, leurs litanies. En plus d’être parfait dans la construction mélodique et rythmique, Gira franchit encore un palier avec des harmoniques juste sublimes dans la voix. Le titre Mother of the World est démentiel. Parfait. Après une écoute de ce titre, on est vidé. Presque épuisé. Ebahit par ce que l’on vient d’entendre. Comment avec deux accords Gira arrive-t-il à tenir cinq minutes avant le premier break ? Et pourquoi c’est juste génial ? En gardant une structure identique tout le long, Gira utilise le même procédé que James Murphy sur All My Friend. Petit parallèle avec la ligne de piano d’All My Friends. Gira prend ici une piste, la guitare, au départ agressif, désagréable. Il va la transformer en un élément essentiel de la structure en la rendant nécessaire à la cohérence des autres pistes. Puis, cette piste va devenir jouissive et va même devenir la première raison pour laquelle on secoue la tête : elle devient génial. Mais alors par quelle magie ? En rajoutant des éléments minimes par ci par là et uniquement temporaire. Ces pistes mineurs (appelons les mineurs, voulez-vous ?) accompagnent puis abandonne la structure originale. Dans ce chaos, les éléments essentiels demeurent et s’enrichissent après chaque passage d’une nappe mineure. Sans changer pour autant. Prenons l’exemple de la batterie après une intensité sonore maximale dans un morceau de rock quelconque pour comprendre ce phénomène. Regardons les Strokes. Voyez le tube The End has no End? Après le couplet du milieu (ou deuxième refrain) dans lequel Casablancas s’époumone et moretti envoie la sauce. Nous sommes en pleine fin de crescendo, c’est le climax du morceau. Et que ce passe-t-il à la seconde où cette explosion se termine ? On revient sur une rythmique seule. Quelque chose de simplissime et pourtant ! C’est bien ce passage qui procure le plus de sensation à l’auditeur. La rupture est totale, mais il retrouve le même motif rythmique qu’il entend depuis le début. Celui-ci revient comme élément stabilisateur après un crescendo. La répétition d’un thème majeur, c’est ça qui provoque le plaisir immédiat dans la musique moderne. Pour vous convaincre, écoutez le titre Dracula Cowboys. J’ai l’impression que ce titre a été créé pour illustrer ce phénomène… Aux ¾ du titre il y a une succession de ruptures avec à chaque fois un retour sur la même rythmique. Il n’y a pas plus transcendant. Et bien Gira utilise cette méthode en continu sur les cinq premières minutes du titre Mother of the World. Mais ce qui est dingue, après ce départ parfait, Swans part sur totalement autre chose. Break à faire pâlir de jalousie Portishead et la voix de Gira avec une mélodie obsédante.
Cette nuit-là, je me suis arrêté aux deux premiers titres. J’en avais eu largement assez. Moi qui me plaignais de toujours entendre les mêmes choses et de ne plus rien ressentir devant un titre de musique, j’étais servi : au bout de quinze minutes d’album j’ai dû me coucher pour évacuer le surplus d’émotion.

Je passe sur mes journées de cours sans intérêts. Sauf peut-être ce bon mot d’un ami en amphi : « tu vois la meuf las bas ? C’est un Pokémon croisé entre smogogo et gros tas de morve » J’ai bien ri.

Le soir arrivait enfin et je pouvais retourner à mon amour de Swans (je le jure ! je n’ai pas fait exprès). The Seer est un Cd de post rock. Expérimental parfois (les titres the wolf et 93 ave. B Blues) cinématique de temps en temps avec le titre éponyme mais surprenant, il l’est toujours. Ainsi, au début du deuxième cd, Swans invite Karen O pour interpréter un texte de Gira. La chanteuse punk des Yeah Yeah Yeahs surprend tout le monde ici. Le titre en question s’appelle Song For a Warrior. Exit le son puissant et inquiétant de Swans. C’est une vraie chanson folk qui dure moins de quatre minutes. La belle mélodie, les paroles poétiques et la voix douce de Karen O sont, en surface, les ingrédients principaux de cette réussite exploratoire du monde de la folk moderne. Mais ici, les types s’appellent Gira et Jarboe, se sont les leaders de Swans. Ils ne vont pas en rester là. Il n’y a pas de percussion sur ce morceau, c’est pourtant le plus percutant. Ici la guitare sèche frappe comme une massue. Elle est jouée en plaqué très sobre et chaque frottement de corde résonne en nous. Le rythme innocent ne peut cacher la force d’impact de cette guitare. Et que dire alors du piano ? Extrêmement syncopé, le piano assomme chaque fin de phrase par un accord appuyé sur lequel la réverbe est travaillé. L’ambiance est lourde. Noire et malsaine. Presque gênante. Pour leur première ballade, Swans frappe fort. La guitare et le piano sont accompagnés par des nappes abstraites et compactes distillés par les machines de Bill Rieflin.
Tout est question d’ambiance. L’atmosphère est extrêmement travaillée. La production de Gira est juste géniale. Rien n’est là au hasard. Ce violon ici et le violoncelle las bas sont présents pour construire, apporter une pierre à l’édifice gigantesque qu’est The Seer. On n’a pas à faire à une accumulation grotesque de pistes à la Ed Harcourt. Malgré la surcharge d’éléments, jamais Swans tombe dans la lourdeur, la bouillie, ou même pire, le « Musesque ».
Revenons à la forme de The Seer. Cet album se compose de deux Cds. Il a une durée totale de deux heures (tout rond). Le titre éponyme dure 32 minutes. Tandis que les deux derniers mouvements, A Piece of Sky et The Apostate font à eux deux plus de 42 minutes. C’est un format rare. 11 titres pour deux heures de musique. En 2000 Godspeed avec leur album Antennas avait fait 4 titres pour 90 minutes de musique. Je crois que ça reste un record à battre. Sur la pochette de The Seer on peut voir une espèce d’animal menaçant sur fond noir. Est-ce le devin ? La chose ressemble en tout cas à un chat mal coiffé après une opération des dents de sagesse ratée. Si je devais pointer un défaut ça serait peut-être l’artwork. Et encore, il y a un parti pris artistique et l’image ne peut laisser de marbre.
Le titre éponyme est une gigantesque cacophonie. Elle commence en faisant peur. Une nappe électro anxiogène de deux minutes s’étire sur l’introduction du morceau. Elle brise les oreilles. Envahit notre cerveau. Elle s’évanouit sur une double rythmique. A partir de là, Swans va construire un mouvement de post rock cinématique à la godspeed. De la mort du fracas épouvantable naît un des plus beaux passages de musique moderne. Et même, avant qu’il ne se soit totalement éteint, la nappe introductive se faisait écraser par la nouvelle structure en construction. Là se résume Swans. Au départ, on croit toujours à un morceau expérimental et pas écoutable. Mais à chaque fois des motifs nouveaux sont là pour émerger en « fade in ». Lentement, chaque titre sort du chaos pour plonger dans un fantastique océan de créativité sonore. Ainsi, Gira et ses compagnons créent l’attente. Ils nous attirent en même temps qu’ils ne repoussent. On veut tout écouter malgré la difficulté d’accès. Comme un examen, Gira teste les auditeurs pour voir s’ils sont aptes à apprécier leur musique.
Sur The Apostate, le morceau de conclusion, Swans est passionnant. Ils enchaînent ruptures et breaks pendant près de 23 minutes. Pas une seconde on songe à accélérer ou à changer de morceau. Tout s’enchaine si bien… pas un pont de trop, pas un accord de trop. Le morceau se termine quand il doit se terminer. Il passe par plusieurs climax et les musiciens se déchaînent  Ainsi le pont à la onzième minute est la parfaite transition pour la deuxième partie du titre. Ce pont binaire tape très fort mais de manière subtile. Une nouvelle fois, c’est une incantation. Un répit avant le déluge finale. Ces formats d’habitude réservés à l’instrumental pur sont avec Swans, toujours accompagnés par un vrai chant. Pas des vieux samples de voix comme on peut retrouver chez Mogwai ou World’s End Girlfriend. Mais un chant avec une mélodie qui contribue à chaque fois à la construction dans tous les domaines des structures de The Seer.
The Seer marque une rupture dans la musique moderne. Après avoir écouté cet album, les autres Cds me paraissaient encore plus fade qu’avant. Ne disons pas fade, mais plats. Les derniers Cold Showers, Beach House, the Cribs et Best Coast m’ont jamais autant ennuyé… L’expérience proposée par The Seer est tellement intense. Tellement forte. Tous les codes sont broyés. La masse de travail incroyable qu’a fourni Gira paye. Pourtant, il n’a pas la plus belle des voix… Mais ici, qu’importe. C’est l’ambiance, les sensations qui sont importantes. Les motifs et les voyages proposés.
Je ne sais pas si j’irai à un concert de Swans… Oserai-je ? Ce qui est sûr, c’est que j’ai encore envie de partir loin avec eux. Ils m’ont sauvé d’une dangereuse routine qui était en train de m’écœurer de la musique. J’ai retrouvé le plaisir de l’écoute. Le plaisir de déguster et d’en prendre plein la tronche et de faire des « woua » toutes les 30 secondes. Purée ! Ce que je suis heureux d’avoir mis la main dessus.
Dans quelques jours je quitte Besançon ! Je pars pour quelques jours à Paris pour le Pitchfork Festival. Sans Léa. Mais avec une envie décuplé d’écrire sur la musique. Enfin ! À moi the Walkmen, Chromatics, Grizzly Bear, DIIV et tant d'autre ! C’est sans doute la plus grosse affiche de musique indé de cette année. La route du rock avait aussi frappé fort, mais là, c’est juste exceptionnel. A très bientôt à Paris alors ? 

lundi 23 juillet 2012

Allo darlin' ou, Mes yeux sont rouges

Europe, Allo Darlin'
Fortuna pop!

Il y a un mois, en écoutant Tindersticks, je me suis demandé s'il existait de belles chansons optimistes et joyeuses.
Voyez, le genre de morceaux entièrement en majeur, des paroles heureuses et un accompagnement enivrant.
Sur le coup, ça me paraissait inexistant. J'ai cherché. Je me suis pourtant creusé la cervelle...
Je suis arrivé à ce triste constat : dans la musique indépendante, il faut être au bord du suicide pour atteindre et même avoir une certaine grâce. Quelque chose de beau.
C'est ma foi embêtant. Car il existe bien quelques exceptions, je pense notamment à If You're feeling Sinister de Belle And Sebastian. Mais même dans le titre éponyme de cet album, il y a toujours cette mélancolie présente. Un état d'âme sombre.
Aussi étonnant qu'un groupe de députés UMP appelant à voter Sarkozy, je reste, au moment de mon questionnement, sans réponses concrètes.
A la recherche, je dirais même, à la poursuite de ce nouvel Eldorado qu'est la "belle chanson joyeuse", je me perdis dans les méandres abscons de la surf pop ou même du rock californien. Où la bouillie sentimentale, certes joyeuse, éclabousse et entrave toute tentative de fournir envolées épiques et motifs musicaux classes.
Vint un jour, une soirée, euh... une nuit en fait, où la lumière fut. Longtemps après l'aurore, et à la suite de quelques événements pas vraiment joyeux me concernant, je me rendis, sur les conseils d'un bon copain (dont le nom est Léa, sans rire) dans une cave pour concert dans le quartier battant de la ville de Besançon : Les Passagers du Zinc.
Je me sens obligé de faire une petite parenthèse.
Les Passagers du Zinc est une salle (cave) de concert à la renommée mondiale. Beaucoup de très bons groupes viennent s'y produire. La programmation exceptionnelle pourrait faire jalouser n'importe quelle salle de concert. Vous savez ce genre de salle vachement hypocrite qu'est là pour faire plaisir au maire de la ville et donner bonne conscience au département de la culture du Conseil Régional. Promouvoir la musique locale... cette blague... Même la Coopérative de Mai a échoué dans ce domaine...
Et pourtant Dieu sait que je ne suis pas objectif lorsque je parle de choses qui ont un lien proche ou lointain avec la ville de Clermont-Ferrand...
Bref. Les Passagers du Zinc qui a, parmi tant d'autre, fait venir Karkwa, est une excellente salle de concert qui menace de fermer à la rentrée de l'année prochaine. En même temps que le Maquis et la Cour des Miracles qui sont des bastions de la musique bisontine. Ces trois café-concerts en moins, je parie que la musique à Besançon va prendre un sacré coup dur...
Il y a deux jours, je me rendis donc dans la cave de ce bar. J'arrivai en plein pendant le concert de Steack Number Eight. Du métal atmosphérique. Vraiment bon. Je me suis éclaté. Mon pote Léa était là, en transe les mains sur la tête, ses long cheveux fouettant le sol au rythme de ses violents hochements de tête. Faisant des gros et rauques "OOHH" à intervalles réguliers. Les yeux fermés et le visage crispé, on avait l'impression qu'il allait s'agenouiller devant la scène à tout moment. Le concert prit fin. Et pendant que les musiciens (pas très loquaces) rangeaient leur matériel et que les 9 spectateurs remontaient de la cave pour se diriger vers le comptoir, mon ami me remarque:
"Noon ! t'es venu !", les bras en croix, il me fait signe de l'étreindre. N'arrivant plus à distinguer la couleur d'origine de son tee shirt j'hésite. Finalement c'est lui qui me prend dans ses bras. Fidèle à lui même, extravertis avec ses connaissances et sans doute heureux de voir un visage familier, il me fait un grand sourire et lève son pouce vers le haut.
Le groupe qui suit c'est Doyle. C'est un grand fan. C'est lui qui les a fait venir à Besançon et il n'en peut plus d'attendre.
"T'as vu!? Ils sont là! aaaaah!"
Je lui demande:
"C'est du métal?"
"T'es fou! C'est du sludge post-hard-core screamo !"
Avant que le quintet parisien ne monte sur scène, je lui fais alors part de ma recherche sur les "belles chansons joyeuses". Il me parle des Beach Boys, mais je précise que je cherche quelque chose de plus moderne.
"Tu devrais voir du côté du Twee Pop !" me conseille-t-il.
Je garde alors son conseil en tête "la Twee Pop?"... mais qu'est ce donc ?...
Une heure plus tard, le très bon concert de Doyle se termine. Les membres du groupe vont faire l'after chez une amie. La moitié du public (4 personnes donc) vont également chez elle.
Je me retrouve seul. Mais, cette nuit était loin d'être finie. J'allais alors passer les futures heures ballotté de bars en bars, de salles de concerts en salles de concerts pour finalement m'échouer dans l'appartement d'un ami.
Au milieu de la nuit, me retrouvant à la porte d'entrée de ma copine à envoyer des cailloux à sa fenêtre, je compris qu'il fallait que je rentre.
Vers 6h sur le chemin du retour, clopinant sur la longue rue perpendiculaire à la place où se trouve mon appartement, je remarquai que le ciel commençait déjà à s’éclaircir. "merde", le lendemain je commençais une journée de stage à l'Est républicain.
Ce fut un jour très long. Périlleux même. Notamment la laborieuse prise de notes lors d'une 'interview" d'un couturier... Mais passons, passons...
La journée se termine, je rentre enfin chez moi. L’œil dans le vague et l'esprit dans le brouillard le plus total. Mais avant de m’effondrer, je me mis devant mon écran. Je compris au bout de 5 minutes qu'il fallait d'abord que je l'allume pour pouvoir l'utiliser. Je tapai ensuite les petits mots "twee pop" dans le moteur de recherche. Wikipédia me dit alors que ça correspond à un sous genre du rock alternatif. Ah. "ben tient, ils mettent Belle and Sebastian dedans..."
Voila, effectivement un style susceptible de répondre aux caractéristiques que je recherche.
Les yeux rouges, je regarde les dernières sorties CD dans le twee pop.
Google me transmet les dernières sorties du label Fortuna Pop!. Apparemment fer de lance dans ce domaine musicale.
Fortuna Pop! a fait émerger plusieurs formations des méandres de l'anonymat pour leur donner un rôle principal sur la scène pop européenne. Dans ce tas de groupe on trouve notamment Fanfarlo ou , dans un autre style, The Pains Of Being Pure At Heart.
De plus ce label a produit le groupe Milky Wimpshake, connu comme un symbole du groupe indie par excellence en Angleterre. Leur dernier cd My Funny Social Crime paru en 2011 est à la fois punk et pop. Les morceaux "Fuck the Rule", "Cherry Pop" et "Alice Nebulae" sont juste trop cool, et vraiment, c'est le mot.
Mais si la renommé de Fortuna Pop! a d'un seul coup grandi ce dernier mois c'est grâce au dernier cd de Allo Darlin'.
Chose peu rare dans la "pop sautillante et joyeuse" c'est une femme qui sert de leader à ce groupe anglais. Bon, ça peut aussi être un type mais avec les attributs masculins en moins (la moustache et les ******** donc), et là pour la troisième fois depuis le début de ce texte on va citer Belle And Sebastian et son chanteur Murdoch dont j’attends toujours la preuve de sa masculinité.
Mais revenons à Allo Darlin' et à sa chanteuse Elizabeth Morris.
Leur dernier Cd se nomme Europe. La pochette est un patchwork de bleu clair et de jaune pâle. Des éoliennes forment un cercle en son centre. Elles sont en mouvement, le vent souffle dans tous les sens. C'est un bel objet.
En fait, cette pochette c'est comme un préambule. Le paysage doux et calme s'accorde avec la légèreté des grandes palmes de ces machines à vents géantes vrombissant de concert dans ce paysage apaisant.
C'est donc épuisé et les yeux rivés sur mon écran que je lançais pour la première fois la lecture d'Europe. A cet époque j'écoutais beaucoup d'hardcore scandinave d'Opeth à Iceage en passant par Children Of Bodom. Cela faisait longtemps que ma chambre n'avait pas entendu du rock léger. Tout Juste encore résonnait l'écho du gentil et mélancolique Konstantin Gropper et de Samuel Beam. Alors lorsque les premiers accords d'une guitare sans effets ni révérbes se font entendre sur le titre d'ouverture "Armstrong". Et qu'arrive la sobriété d'une formation classique qui se mêle à la mélodie mené par la voix claire de Morris, on se sent bien, je vous promet, on se sent bien. C'est comme une bouffée d'oxygène dans une mer de pétrole. On nage dans de l'eau pure, on redécouvre le plaisir des choses simples. Les 4 guitares et la production taille blockbuster de Damnation est très loin derrière. Comme un simple cris du cœur vital que Morris reprend plusieurs fois "And I'm tired to feeling confused" et enfin la simplicité des choses nous reviens... et c'est un soulagement.
Sur les deux premiers morceaux que j'ai plusieurs fois écouté en boucle avant d'aller plus loin, il m'a semblé déceler les mêmes motifs d'ambiances que sur le dernier album de Lightships du nom d'Electric Cables. Mené par Gerard Love déjà leader du fameux Teenage Fanclub.
Lightships à défaut d'être novateur ou grandiose est gentil. C'est même le groupe le plus gentil au monde. Sur Electric Cables, Gerard Love exploite et enrichi tout le champ lexical de la nature. Des Arcs en ciel aux licornes en passant par la photosynthèse, Lightships cite dame nature sur chaque accords. Toujours accompagné d'une guitare solo aussi chaude que ronde, la voix basse et tranquille de Love enchaîne de douces mélodies avec des paroles niaises, mais juste trop mignonnes. Bref, du premier titre "Two Lines" au morceau conclusif "Sunlight To The Dawn" ce disque sent le joint à travers même la chaîne Hi-fi.
Là se trouve donc une facette commune à Lightships et Allo Darling. L'innocence. Dans le son et les paroles.

Petite parenthèse géographique.
Coïncidence. Je viens de mater un doc sur l'Australie et Morris est australienne. Ma vie est folle et trépidante.
Ce documentaire montrait l'Australie comme un tas de sable ardent remplis des bestioles les plus dangereuses au monde. Des araignées avec des barres de mana, des serpents longs comme l'A71 et des requins comme s'ils en pleuvaient. De plus ce pays s'est construit sur le massacre d'un million d'aborigène et connaît désormais une fracture sociale à faire pâlir de jalousie les Etats Unis. Pour se consoler, nos amis australiens peuvent se dire qu'ils possèdent le plus gros cailloux au monde et un nombre record de surfeur au kilomètre carré. Yeah ! Go Aussies !.
Parenthèse géographique refermée.

Après avoir écouté « Armstrong » et « Capricornia » en boucle, je me suis rendu compte qu'on était devant deux tubes en puissances. On est pas loin d'un Crooked Rain crooked rain, Stephen Malkums en moins. Ou Elizabeth Morris en plus. Je ne sais pas.
Car oui, Europe est un cd de folk certes, mais avec des influences clairement du côté du Lo-fi. Et ça c'est pas vraiment commun. Ici, on retrouve donc une guitare solo comme libéré de toutes contraintes qui s'amuse à tourner autour d'un thème sans jamais faire l'erreur de s'y collé. Le travail sur les lignes de guitare est très bon et permet à Allo Darling de rentrer dans une plus grande dimension.
C'est la deuxième facette d'Europe: la beauté simple de l'innocence enrichi par la classe des arrangements.
Muse (ouai, j'aime taper Muse, c'est facile et ça ne fait de mal à personne), par exemple, Sur Unintended balance le piano et les roucoulades à ne plus savoir quoi en faire. Ça y est, il parle d'amour ! La production est lourdingue. C'est moche et grotesque. Allo Darling montre que des sujets simples peuvent être traités de manière complexe sans donner la gerbe !

-Europe
« ...I just wanna be closer to you/ there is nothing else we need to proof...»
Le titre éponyme. Je n'ai jamais autant chanter que sur ce titre. Surtout en voiture. Le « … This is life!/ This is living!... » surtout. Vous imaginez? Que c'est cool de chanter à tue tête des paroles comme ça. Un peu façon générique de série « That seventies show ». Le bonheur des choses simples! On y revient!
En plus ces beaux et longs couplets sont toujours servis par des ponts de guitares aussi enivrant qu'un verre de Cointreau – sucré, orangé, juste ce qu'il faut. On s'enivre de ces choses que nous donne Allo Darlin'
-Some People Say
« The way she is dancing on the stage it is so awesome »
Je n'ai jamais vue la tête d'Elizabeth Morris Mais je crois que je suis entrain de tomber amoureux (encore). Au quatrième titre de l'album.
C'est marrant, j'avais déjà ressenti ça pour Le prince Miiaou. C'était avec safety first mais cette fois ci au bout du septième morceau « No Compassion available ». Un grand titre où à plusieurs reprise elle exhorte « Je veux que tu rentres... je veux que tu rentres... je veux que tu rentres... ». Sur scène, c'est désarment. On a juste envie de répondre «  j'arrive... j'arrive... j'arrive »
Elle vit ses paroles jusqu'à l'épuisement totale des choses aussi fortes, on exulte. Le titre No Compassion Available fait d'ailleurs partis de mes meilleurs souvenirs scéniques.
-Wonderland et Tallulah
« Oohh »
Là j'arrive à la voix. Morris est une très bonne chanteuse. Sa voix est belle. Grave mais fragile, mélancolique mais pleine d'espoir !
«  I sent you a postcard from berlin of a fat man eating a saussage » Ces titres sont des berceuses.
D'habitude, j'aime pas quand c'est une femme qui chante. A part quand c'est Beth Gibbons ou kazu Makino ou Maud Elisa Mandeau ou Joanna Newsom... Ouai, en fait c'est juste que je préfère les voix masculines.
Bref, Tallulah est un très bon morceau. Il aurait fait un excellent titre d'introduction. Un ukulélé/voix de plus de quatre minutes. Paradoxalement tout le caractère d'Europe est là. C'est le morceau le moins riche mais c'est celui qui montre le plus. La voix, la mélodie, la légèreté. Tallulah est un manuel d'introduction à Allo Darlin'.
-Still Young
En fin d'album se trouve le point d'orgue de l'album. Le morceau charpente. Et cela à plusieurs titres. Sa longueurs, c'est le plus long: 4:50 et sa construction: couplets/refrain et final.
Tous les éléments classique d'un morceau conclusifs sont présents. C'est la seule fois par exemple qu'il y a un final en crescendo. Still Young c'est aussi une grosse section rythmique auquel vient s'ajouter la deuxième guitare. Percutant.
Et bien sur il y a cette petite baisse d'intensité sonore en forme de sourire en coin juste avant le feu d'artifice final. « Let's bring it Back! » C'est un beau final! Typiquement le style de morceau à paraître dans un classement de fin d'année. Si Tallulah est le manuel d'introduction d'Europe, Still Young est dans le chapitre des immanquables.

La production, comme vous pouvez vous en douter, est extrêmement sobre. Le studio n'amène quasiment rien. J'ai visionné un paquet de live d'Allo Darlin'. Ils n'ont pas un son cd et un son live. En studio, des petits violons sont parfois là pour accompagner les guitares sur les fins de morceaux. Toujours discrets, ces cordes en plus sont justes là pour sublimer les thèmes de chaque morceau. Le plus bel exemple, c'est le morceau « Some People Say » qui nous le donne avec son dernier couplet qui est sans doute le plus beau passage de l'album.

Plus tard dans la semaine je croise Léa à l'anniversaire d'une amie. Je lui parle (en agitant les bras) d'Allo Darlin'. Il hoche la tête mais ne m'écoute pas.
Je lui dit que pour une fois il a été de bon conseil avec son idée de twee pop. Là, il soulève un sourcil et me demande: « tu veux que je t'en donne d'autre?
- de quoi? Je lui demande.
- Ba des conseils
- euh... oui je suppose. »
Il me prend par le bras et m’emmène dans une sombre chambre isolée de la maison où nous nous trouvons. Il s'assoit tout joyeux et excité sur le lit en ouvrant son sac. À mon tour je lève un sourcil et lui demande ce qu'il fabrique. Il ne répond pas et fouille dans son sac pour enfin sortir son ordi portable. « mate le mac! » il me fit signe de s'approcher. Il me montre alors toute sa collection de cd numérisés de l'année 2012. Une liste interminable. « Je n'ai que des français. Ces groupes viennent de Reims, du Mans ou de Troyes. Je fais presque exprès de prendre les villes les plus pourraves de France et je vais creuser à partir des labels locaux. Je suis tombé sur des trésors cette année, je te jure, il y a des groupes de très grandes qualités entrain d'exploser en France. Tiens, tu connais Birds In Row? Voilà un exemple parmi tant d'autre! Un groupe monstrueux comme il y en a des centaines en France en ce moment! » il marque une pause et me demande : « c'est quoi tes prochains groupes à écouter ?
- Je pensais à Choir of Young Believer puis Beachwood Spark et finir le mois sur The Amazing je pense aussi...
- tu vois, dit il en me coupant, c'est ça le problème avec le rock indé. Tu te tapétifis mon lapin. Il faut explorer les méandres du hardcore français. Du rock au Punk en passant par le Glam. Dans ces domaines c'est la diversité qui l'emporte. Les groupes sont obligés de sortir des trucs originaux pour se démarquer. En France c'est la seule concurrence saine que je connaisse. Voilà donc mon conseille: Va chercher le groupe dont tu veux faire la critique par toi même. Va le chercher dans tous les sens du terme. N'attends pas la critique des directeurs de conscience de l'autre côté de l'atlantique. Ouai Pitchfork et Stereogum par exemple. »
Il fait défiler à nouveau sa liste de cd. Il regarde amoureusement, les yeux brillants, ses albums de métales. Les yeux rouges, je fixe ces centaines de groupes remplis de talents qui resteront inconnus encore longtemps.
Léa souffle en me faisant un rond à l'aide de son pouce et de son index « Oscar papa tango india mike alpha lima, optimal optimus, 2012 est un bon cru »
j'approuve, et avec force.

Europe est une réflexion sur la couleurs de l'herbe. Est elle plus verte ailleurs? C'est une simple invitation conceptuelle au voyage avec les titres « Neil Armstrong », « The Letter », « Capricornia » et bien sur le morceau éponyme « Europe » pour cette expatriée australienne. Sur ce continent où « elle ne ressent pas les choses de la même façon que chez elle ». Ce cd est l'histoire d'un déracinement mais aussi d'un nouveau départ pour Elizabeth Morris. Europe est un voyage à lui tout seul.
Il y a 5 pages de cela, je cherchais un beau morceau joyeux et optimiste. J'en ai trouvé 10.

Zanaviets   















jeudi 26 avril 2012

Cloud Nothing, Attack On Memory

Quelques disques de l'hiver 2012


Attack On Memory, Cloud Nothings, 2012
Carpark records

Comme l'an dernier, ce début d'année musicale est d'une grande richesse.
Il y a ceux qui étaient attendus comme Lambchop, tindersticks, Andrew Bird et Leonard Cohen et qui généralement furent à la hauteur de l'attente placée en eux. Puis il y a ceux que la France a découvert récemment. Par exemple Cloud Nothings, qui était réservé à un cercle de connaisseurs, est entrain de connaître un joli succès en France avec son Cd Attack On Memory.

Une jolie histoire: Dylan Baldi, le leader-fondateur de Cloud Nothings a composé ses premiers morceaux sur un ordi dans la maison de ses parents dans la grande ville de Cleveland. A ce moment là, Baldi a 18ans et il commence des études dans un "college" réputé de l'Ohio. Quelques mois plus tard, il abandonne ses cours et fait la première partie de The Real Estate à Brooklyn.

Le moi de janvier a commencé avec le meilleur cd du siècle du mois. Attack On Memory de Cloud Nothings.
C'est fou le bien que procure le rock brut lorsqu'il est mené par un type d'à peine vingt piges. écoutez "wasted days". Voila un morceau parfait pour comprendre en quoi Attack On Memory est un cd juvénile et puissant. L'intro est absolument foudroyante. Ce riff de guitare transcendant doublé d'une section rythmique aussi compacte que du métal met directement les choses au point: ce n'est pas un cd de valse.
Arrive la voix éraillée de Baldi qui tire sur celle de Julian Casablancas et puis, il y a ce break en milieu de morceau et ce crescendo avec une guitare à la Peter Buck qui nous emmène à la sixième minute dans un tonnerre électrique, bruitiste et jouissif. Baldi utilise alors les cordes vocales qui lui reste pour parfaire cette tempête qu'est "Wasted Days" pour un final grandiose à la Do Make Say Think: une apocalypse organisée.

Notons aussi cette petite phrase qu'éructe Baldi à la fin du morceau d'ouverture "... No future!!! No Past!!!..."

Avec "Separation" et "No Sentiment" Cloud Nothings est l'avalanche électrique dans laquelle il faut se faire happer


mercredi 29 février 2012

Blabla hiver 2010-2011


Symphonie de Blabla hiver 2010/2011
Petit article décalé d'une grande année

L'actualité musicale fut intense ces derniers mois. Récemment nous avons assisté aux sorties des CDs de groupe tel que Radiohead ou de The Strokes, mais également à la « mort » de LCD Soundsystem et plus localement à celle de Noir Désir.
Toujours dans l'ombre des grandes multinationales, les groupes indépendants se font une place avec l'aide d'un public en continuel agrandissement. Ainsi le groupe écossais Mogwaï fut même diffusé à la radio tandis que le noise rock des Pains Of Being Pure at Heart a réussi à paraître dans plusieurs magazines culturels en France.

Il y a plusieurs façons de penser à la musique en général. Parfois lorsque l'on s'assoit pour faire une liste, on pense aux chansons qui semblent importantes - peut être ont-elles changé la musique ou furent emblématiques d'une culture alors en rigueur. Puis on pense aux morceaux qui nous font nous sentir bien quelque soit le moment où ils arrivent. On entend les premières notes, on se rappelle de tout ce que cette chanson a fait pour nous, l'enthousiasme grandit, on veut chanter le long du morceau- eh! Ils arrivent déjà au refrain...

Pourtant, cette courte période avait mal commencé....
Souvenez-vous... fin novembre, Noir Désir disparaissait. À L'inverse de LCD Soundsystem qui s'est offert un show de trois heures au Madison Square Garden pour dire adieu à la scène, Noir Désir a publié un communiqué de trois lignes annonçant la mort du héraut du rock français.
Un monstre sacré de la musique vient de s'éteindre.
Le mardi 30 novembre 2010, le plus grand groupe français de tous les temps a rendu les armes. Le groupe vient d'éclater. Quel choc...quel vide tout un coup.
Je m'en rappelle, j'avais douze ans lorsque j'ai entendu pour la première fois un morceau de Noir Désir, « le vent l'emportera ». Ma sœur venait de m'offrir Des visages des figures, elle avait alors déclenché en moi une passion, la musique. Dès les premières notes de Des visages des figures, la basse enjôleuse de « l'enfant Roi », les vers lancés par Bertrand Cantat, j'étais tombé amoureux.
Leur manège m'enchantait.
Par la suite, je découvris leur entière discographie. De Où veux-tu que je regarde à Nous n'avons fait que fuir en passant par Veuillez rendre l'âme et Du ciment sous les plaines. J'allais de chefs d'œuvre en chefs d'œuvre.
Et jamais depuis le jour où j'ai découvert Noir Désir ne passe une journée sans que je n'écoute un de leurs morceaux. Ils sont rentrés dans ma vie et ils en ont pris part. Quoiqu'il arrive je suis toujours accompagné, chacun de leur texte s'accordant à un moment vécu.
Du Grunge avec Tostaky en 1992, du rock pur et dur en 1996 avec 666.667 club et un CD accomplie et merveilleusement produit en 2001 Des visages, des figures. Tout! Ils ont tout fait! Mais quel autre groupe en France à une aussi large palette de style? Un groupe, a t-il un jour égalé les vers emplis de romantisme de Noir Désir? Cette rage musicale et cette douceur d'écriture?
Je ne veux même pas rappeler leurs différentes victoires de la musique, le groupe lui-même n'en faisait que peu de cas, je préfère rappeler leur prise de position durant cette même cérémonie lors de laquelle, dans une lettre adressée directement au « camarade PDG » Jean Marie Messier, ils critiquaient d'une si belle manière la mondialisation capitaliste avec notamment cette phrase (Jean Luc Delarue s'en rappelle encore) : « Nous ne sommes pas dupes de ton manège, et si nous sommes tous embarqués sur la même planète, on n'est décidément pas du même monde »
Ils posaient un regard critique sur le monde qui les entourait. Un don de l'écriture, une prose magnifique.

Un CD en particulier, Tostaky (en 92), a marqué au fer blanc la musique française. Jamais du rock n'avait été aussi fort. Un grunge (« here it comes slowly ») made in France voit le jour.
Magnifique, engagé, puissant. Il réinvente le noise rock (« one trip, one noise ») et surtout, d'un riff d'un seul, Noir Désir va devenir la figure de proue de la musique française: Tostaky(le continent), « Tout est ici », en est la traduction littéralle. 5 minutes jamais égalées. Furieux constat, suivi d'un solo de guitare légendaire, ces breaks fabuleux qui précédaient les refrains et ces éclairs de génie lors de la strophe finale « Ils disent qu'ils ont compris/Qu'il n'y a plus le choix/Que l'esprit qui souffle/Guidera leurs pas »

Quel autre groupe a réussi à mêler le romantisme de Gérard De Nerval, les spleens adolescents des Beatles mais aussi l'engagement de l'écriture de Brassens et Léo Ferré?
Un monument de France vient de s'écrouler.

Bon il n'y a pas eu que des « morts » ces derniers mois.
Certains groupes ont confirmé qu'ils étaient bien vivants et plus en forme que jamais.
Commençons par ce groupe canadien, Destroyer. Comme le nom ne le laisse pas du tout deviner, il s'agit d'un groupe de « Lite Jazz » (et non de métal), c'est à dire une sorte de folk avec des rythmes binaires qui font plus penser à un semblant d'hyperdub qu'à une quelconque rythmique jazz.
Dan Bejar, qui est aussi le leader des New Pornographers, est cette fois-ci accompagné de quelques cuivres et d'une bonne dizaine de musiciens.
L'arrivée en masse des cuivres dans la musique de Destroyer est une chose assez nouvelle. Jamais dans leurs précédents CDs comme Streethawk ou Trouble In Dream, Destroyer n'avait autant usé du saxophone, du cornet ou même de la trompette. Sur Kaputt, l'apport subtil de ces instruments qui sont d'habitude mis en valeur dans des solos interminables ont ici le rôle plus modeste (mais noble) d'appuyer des lignes mélodiques franchement classes. Le titre « Suicide Demo For Kara Walke » ou le morceau éponyme illustre l'apport très intéressant de ces instruments à vent.
Daniel Bejar
En plus de ces morceaux complexes viennent s'ajouter des titres beaucoup plus pop aux mélodies prenantes comme « Chinatown » : morceau plaisant, véritable « tube » de trois minutes. Mis à part « Chinatown », les amateurs du couplet-refrain vont être déçu avec Kaputt.
Dan Bejar, comme il avait déjà commencé sur leur précédent CD Trouble In Dream, parle plus qu'il ne chante. Parfois il mélange les deux comme sur le morceau « Song For America », titre qui fait également partie des nombreux points forts de Kaputt.
Kaputt se termine sur le morceau le plus bizarre de ce début d'année: « Bay of Pings ». Enchevêtrement sur onze minutes d'éléctro, d'étranges boites à rythmes et du chant encore plus éraillé que d'habitude de Dan Bejar. D'abord inaccessible, à force d'écoutes multiples, ce morceau dévoile petit à petit des trésors cachés et des moments vraiment plaisants.
Un bon CD en somme.

De l'autre côté de l'Atlantique (le nôtre en fait), Mogwaï, un groupe de post rock écossais, sortait leur septième CD : Hardcore Will Never Die, But You Will.
Eh beh ! On peut pas dire qu'ils se soient renouvelés. C'est malheureusement le genre de groupe qui après avoir publié un magnifique premier CD (Mogwaï young Team), cherche continuellement à l'égaler sans jamais réussir. Déjà sur le CD précédent, The Hawk Is Howling, quelques longueurs lassantes étaient présentes, et certains morceaux étaient franchement pénibles (« Kings Meadow » sérieux, c'est quoi ça?! )
Il ne faut pas être totalement mauvaise langue non plus!
Deux, trois changements sont présents sur Hardcore...
D'abord l'apparition d'une voix, chose rare pour Mogwaï qui est à la base uniquement instrumental.
Sur « George Square Thatcher Death Party », une voix est présente, certes modifiée et « vocodée » comme c'est pas possible, mais l'arrivée de ces voix et cœurs apportent un souffle nouveau par rapport aux albums précédents. De plus, Hardcore est trois fois plus accessible que ses prédécesseurs. Le son de Mogwaï s'est arrondi dans ce sens.
Guitares vrombissantes et nappes éléctro toujours aussi compactes, certains morceaux dotés d'un souffle héroïque comme « How To Be A Werewolf » ou « Mexican Grand Prix » attire naturellement l'oreille.
Mieux que The Hawk Is Howling, mais tellement loin de Young Team, Hardcore Will Never Die But You Will ne marquera pas l'histoire de la musique.

Ok, Destroyer et Mogwaï ne sont pas des groupes très connus. Mais le mois de Février et de Mars m'ont rendu un fier service à ce sujet. C'est-à-dire : faire paraître un CD de Radiohead et des Strokes.

Le premier The Kings Of Limb, est sorti de nulle part au milieu de février. Radiohead, groupe friand du très saint « buzz » annonça un lundi, que leur huitième album sortirait dans cinq jours. Ainsi ils prenaient de court tout le petit monde de la musique. Petit jeu devenu leur favori depuis la sortie également spéciale de leur septième CD, In Rainbow.
The Kingd Of Limbs se distingue par une production à couper le souffle et une... euh une... ah, non c'est tout en fait.
Voilà ce que l'on pourrait appeler le syndrome Satriani ou Massive Attack. Une production parfaite et une technique ébouriffante, mais pas, ne serait-ce que quelques instants, la lueur d'une émotion. Autrefois Radiohead nous faisait pleurer avec des morceaux comme « Exit Music » ou « Lucky », plus récemment des titres de In Rainbow apportaient également leurs lots d'émotion, notamment avec « All I Need » et « Reckoner ». Mais là, mis à part « Give Up The Ghost » et peut être « Separator », The King Of Limb est vide de sentiments. Et pour un groupe du calibre de Radiohead, cela pourrait être qualifié d'embêtant...
Il faut absolument voir le clip de "Lotus Flower", il est juste hilarant et les remixes du clip sont tout simplement magiques (notamment celui là http://www.youtube.com/watch?v=Ml8RkVu7N1A&feature=fvst)

Dans le club des groupes à dix milles seeds par jour, The Strokes a également sorti son cd : Angles... éléctro Pop à souhait, dans la veine du CD solo de Julian Casablancas Phrazes for the Young. Au feu l'esprit rock garage de leur premier CD Is This It. A l'image des titres « Games » et « Life Is Easy In The Moonlight » remplis de synthés franchement douteux.
Se renouveler est une bonne chose. Mais sauter dans l'inconnu n'est pas non plus une bonne idée. Ils donnent (sans doute à tord) l'impression d'avoir découvert des claviers et de s'amuser comme des gosses avec. Puis sérieux, la musique (comme la pochette) est vraiment kitsch. Écoutez l'intro de « Two Kinds Of Happiness ». On pourrait croire à un vieux soundsystem des Bee Gees. En fait ce n'est pas kitsch, c'est moche. Impossible de rentrer dedans. Après avoir écouté Angles en boucle (je suis un grand fan des Strokes) impossible d'éprouver de la sympathie pour le petit (35 minutes -argh-!) dernier des Strokes.
Le tableau n'est pas totalement noir.
Deux rescapés méritent d'être cités. D'abord le titre d'ouverture « Machu Picchu ». Morceau riche dans lequel Julian Casablancas nous régale de sa voix hors norme, le succès de ce titre doit aussi beaucoup à Albert Hammond Jr, LE grateux du groupe ; qui enchaîne lignes de guitare et riffs efficaces.
Puis il y a ce morceau, sans doute le meilleur du CD : « Taken For A Fool ». Sur ce titre The Strokes se libère des conventions et des règles. Sur le couplet la voix de Casablancas fait méchamment penser à celle d'Annie Lennox pour le meilleur des effets. Puis quelques breaks plus tard et un post-refrain vraiment superbe, le second couplet déboule et subit une agréable variation montrant la richesse et le talent d'un groupe sans doute loin d'être mort.

 Il y a aussi eu de bons Cds, ces derniers temps, rien d'exceptionnel cependant. Sans doute que la palme reviendrait au troisième CD d'Alamo Race Track, groupe Hollandais (sans rire) qui répond au joli nom de Unicorn Loves Deer. De qualité égale à ses prédécesseurs, Unicorn... se démarque en plus par des arrangements plus riches, et des morceaux moins faciles. Moins « tubesque » que Birds At Home et Black Cat John Brown, Unicorn Loves Deer prouve qu'une musique complexe peut être aussi efficace qu'un empilement de morceaux au format classique.
Gros coup de cœur pour le morceau éponyme et le titre « Shakes Off The Leaves » qui rassemble la folie des débuts et la maturité musicale d'un groupe rompu à l'exercice.

Islands, A Sleep And A Forgetting

A Sleep and a Forgetting, Islands, 2012
ANTI-

Il y a eu plusieurs séismes en Amérique du nord en 2003.
Mais pour une fois, ce ne sont pas les Etats Unis qui ont servi de théâtre aux épicentres de ces tremblements de terre. Déjà, début janvier, il était annoncé que le "super méga groupe indépendant de l'année" allait être canadien. Ils ont un nom d'animal, ils ont l'air un peu fou et en plus ils font du lo-fi.
Bingo.
Ils s'appellent the Unicorns et leur Cd "who will cut our hair when we're gone" va tout casser. Et c'est exactement ce qui va arriver. Le succès était programmé. Critiques élogieuses (le 8.9 de pitchfork) et influence étonnamment importante à leur concert. The Unicorns enchaînent la même année une tournée mondiale... un début de carrière parfait en somme.
Mais, un canadien en cache un autre.
Nick "Diamond" Thorburn
Un collectif, plus qu'un groupe, du nom de Broken Social Scene qui était pour le coup absolument anonyme et pas attendu par qui que ce soit à plus de 100 mètres de certains quartiers de Montréal sort fin 2003 un grand disque de musique moderne: "You forgot it In people": Magnifique brouhaha, capharnaüm grandiose et morceaux plus héroïques les uns que les autres. "You Forgot It In People" pourrait aisément être la bande son des douze travaux d'hercules. Le souffle épique mené en grande partie par de l'instrumental (60% de l'album) nous amène du premier morceau "capture the flag" à la conclusion "Pitter Patter Goes My Heart" en surtension et le coeur à 100 à l'heure. Avec quatre guitares à la Titus Andronicus, les titres "cause = time" ou "lover's spit" font office de tornades au milieu de la tempête que provoquera les 12 titres de "You Forgot it in People".
A noter que c'est le collectif Broken Social Scene qui fera émerger Feist au niveau de la scène internationale.
Les excentriques de the Unicorns avaient choisi un petit groupe pour faire leur première partie qui venait de sortir un petit ep: Arcade Fire.
La chose est comique quand on sait la tournure que vont prendre les choses. Sur 100 personnes, 75 connaissent Arcade Fire, 5 connaissent the Unicorns. (D’après un sondage TNS Sofres).
La même année, l'aventure des Unicorns prendra fin brutalement sur scène. Le leader, Nick Diamonds (que Dieu le bénisse) quitte la scène, insulte une dernière fois ses deux compagnons et déclare ne plus supporter son train de vie. Ainsi the Unicorns meurt au sommet de leur fulgurante carrière. Diamonds prend des vacances et plus aucun son n'émanera de son pied à terre en Californie pendant plus de trois ans.
Entre temps, le Canada ne l'a pas attendu pour s'inviter au rang de pôle majeur et plaque tournante de la musique en général. Que ce soit avec Dan Bejar avec l'explosion de The New Pornographers ou de Destroyers ou même avec l'arrivée fracassante en 2004 de Funeral d'Arcade Fire. Il y a également le départ prometteur-menteur de Patrick Watson avec Channel 9 et plus tard les francophones de Karkwa qui se faisaient connaître avec leur second album, Les Tremblements s'immobilisent. N'empêche, Karkwa sont les derniers français depuis Charlebois à faire paraître leur "Tounes" dans le top 50 canadien (avec "le pyromane" il me semble...)
Bref, c'est donc oublié du grand public mais attendu des critiques que Nick Diamonds revient avec son nouveau groupe accompagné de son ancien batteur (ex unicorns) J'aime Tombeur (c'est son nom) sous le nom d'Islands.
En 2006, leur premier cd s'appelle "Return To The Sea" avec à la guitare et à la production Will Butler (le frère de Win) et déjà Islands s'inscrit comme la juste évolution des Unicorns: Toujours peu accessible mais contenant pour une fois des motifs de grande beauté. L'attente construite pour arriver à l'accord juste qui frappe et accroche. De doux moments (Swans) et d'irrésistibles balades (Don't Call me Whitney, Bobby et Bucky Little Wing).
Il y a presque six ans, j'entendais pour la première fois "Return To The Sea" et sa superbe ouverture. J'étais en vacances, en juin 2006, chez mon frère alors au chômage, je revenais de la claustro Martinique pour retrouver les espaces des Alpes. Et c'est sur une longue et lente sinueuse route de montagne que mon frère avait glissé le fameux "Life After Death". A cette époque alors, Islands était pour moi un groupe qui prenait le temps d'être décalé. Où la basse syncopé couplé avec le riff heureux et léger étaient en symbiose avec le balancement des routes. Pour mon frère, c'était le reflet de son "dépit d'avoir du temps de libre" et pour moi les vertigineux presque 100 jours de vacances qui m'attendaient: joyeux, mais pas beaucoup plus.
Plus tard en 2008 Islands sort leur deuxième cd, Arm's Way. En France il fut accueilli avec un certain succès. Je suis prêt à parier que ce succès français est largement dû à Deezer. A la rentrée 2008, Deezer est en plein boum: son interface vient d'être refaite et son nombre d'adhérents se multiplie de jour en jour. C'est à ce moment-là que la plateforme musicale avait choisi de mettre en page d'accueil le second cd d'Islands durant presque deux semaines. Paradoxalement, Arm's Way n'est pas le meilleur album du groupe canadien. Trop symphonique, trop pompeux, trop de violons dans tous les sens. Il y a toujours ces mélodies classes (The Arms, Kids Don't Know Shits) mais sérieux ça devient carrément nimp' au bout de la première minute. D'ailleurs, ça a un effet presque comique à la longue.
Un an plus tard, ils commettaient leur pire forfait, ovni en France, "Vapours" est passé inaperçu et pour cause. A partir de la 10ème seconde du second titre No You don't on comprend que Nick Diamonds a totalement craqué. Electro moche, sons ringards et le vocodeur sur Heartbeats sont autant de choses qui font de Vapours une erreur avant tout autre chose.
Accueil des critiques en forme de grand écart. Islands après un départ en or, continue à tracer sa route dans le monde indépendant sans plus d'éclat, le génie les ayant délaissé. Vivant comme n'importe quel groupe malgré le prestigieux passé des Unicorns, est désormais très très loin derrière eux.



Avec A Sleep And a Forgetting, Islands devient un drôle de mutant : il y a du Tindersticks la dedans. Le Tindersticks de la fin des années 90 avec « Curtains » et « Waiting For The Moon ». Il y a cette même orchestration riche et classe où la finesse et l'assemblage des pistes sont une marque de fabrique. Là où Arm's way devenait vite trop gras, A Sleep s'affine avec richesse. Le morceau d'ouverture « In A Dream » illustre cette volonté d'être sobre et complexe à la fois. Deux guitares, quelques violons, une section rythmique, des claviers mais Islands reste calme. Tout s’enchaîne avec subtilité, chaque morceau devient un océan de sons ultra épurés. De plus Nick Diamonds a peut-être enfin trouvé la bonne voie. Il arrête de passer d'une octave à une autre sans arrêt. C'est désormais dans les tons les plus graves que ça voix évolue le mieux... c'est plutôt agréable après l'Auto Tune de Vapours et les glapissements de Arm's Way ! Le chant de Diamonds sur « Lonely Love » est magique.
Il y a également du regret dans ce cd. Chose habituelle, Diamonds s'inspire d’événements récents de sa vie pour écrire ce cd on parle beaucoup de sentiments impossibles à montrer, d'actes manqués et de larmes qui ne viennent jamais. Islands rajoute à ses crises existentielles quelques moments de grâces irrésistibles (comme le poignant « This Is Not A Song », qui vous mettra forcement à genoux) et vous obtenez la recette de A Sleep and a Forgetting : des textes graves et bizarrement sérieux pour Islands.
Du dépouillement élégant du plus beau titre de l'album « Oh Maria » au riche « Never Go Solo » en passant par l'étrange rythmique du très classe morceau de clôture « Same Thing » Islands se hisse au niveau de ces groupes classes qui savent placer des multitudes de pistes dans des grands environnements sobres. J'aime cette fine obscurité dans laquelle nous sommes forcés de plonger avec joie. Et ce qui est fou, c'est qu'on y retourne à chaque fois. L'unité de l'album nous engloutit sous sa masse et nous empêche de trop bouger et lorsqu'enfin on se dégage, « Hallways » reste gravé dans notre gorge. Impossible de se défaire tant les 11 titres sont justes bons et prenants. En plus son format frôle la perfection : 37 minutes pour 11 morceaux, ça c'est très bon.
Le seul petit point noir de l'album c'est le titre « Cold Again ». On ne sait pas trop ce qu'il fait là. Il casse l'univers et l'élan mélancolique au milieu des titres « Lonely Love », « Oh Maria » et « Don't I Love You ». Comme un anachronisme. Je ne remets pas en cause la qualité du morceau, mais plus son insertion et peut être même son intérêt. Mais ce n'est qu'une poussière dans les beaux motifs dessinés par Islands sur tout le reste de l'album.
Et devinez quoi... Islands est accessible ! Nick Diamonds a tout fait pour qu'on trébuche sur A Sleep And a Forgetting et ça ne m'embête pas de tomber pour Islands. Je suis même à genoux.


mercredi 8 février 2012

Arcade Fire, The Suburbs

The Suburbs, Arcade Fire, 2010
Merge


Arcade Fire sort son troisième CD : The Suburbs (la banlieue). Après avoir réalisé avec succès leur deuil en 2005 avec leur album Funeral, et pleuré sur toutes les misères du monde sur Neon Bible paru en 2007, arrive maintenant ce CD de 16 titres (!!!).
Cette fois-ci Win et Will Butler se lamentent sur leur enfance passée dans une banlieue de Houston. De zéro à douze ans, les joies et les peines des frères Butler sont racontées pendant plus d’une heure et dix minutes sur cet album concept. Oui, car The Suburbs est un CD concept tout comme Funeral et Neon Bible et il est vrai qu’une nouvelle fois ce disque d’Arcade Fire possède une véritable unité, une logique. Sans jamais tomber dans la répétition, tous les morceaux se suivent sans aucun temps mort, toujours relié soit par une boucle électro, soit par un pont (qui d’ailleurs tombe parfois comme un cheveu sur la soupe, par exemple la transition entre les deux chansons Empty Room et City With no Children) mais qui peut être parfois assez génial (entre The suburbs et Ready to Start).
De plus, l’album est construit de manière à respecter la chronologie du temps, ainsi, en début d’album, on peut entendre Win Butler nous conter sa petite enfance sur des morceaux tels que The Suburbs et Ready To Start pour enfin nous parler de ses derniers moments en ces banlieues de Houston avec les deux derniers morceaux qui achèvent cet album : Sprawl 1 et 2.
Live d'arcade fire dans un ascenseur, à voir sur le site de la blogothèque
Ici, ne cherchez pas, il n’y a pas d’hymnes ni de morceau mythique comme il y avait dans Funeral avec les titres Neighbourough, Wake Up ou encore Rebellion. Vous trouverez « seulement » des morceaux de grande qualité, encore plus intimistes et moins abordables. Certes, les fans d’Arcade Fire seront ravis, mais les autres peuvent s’ennuyer quelques minutes pour finalement passer outre. Un CD long, sans aucun tube, aucun morceaux véritablement accrocheurs, mais ça, le couple leader d’Arcade Fire, Win Butler et Régine Chassagne s’en fichent royalement, pas plus intéressés par la succès commercial que par la future vente de ce Cd, ils feront à peu près tout pour se détacher de leur maison de production et paraître le plus « indépendant » possible. D’ailleurs, Win Butler a récemment déclaré dans un journal anglais : «  de toute façon, en ces temps troublés, l’industrie du disque va en chier, alors à quoi bon essayer d’en vendre ? » …/… « Cela peut être notre dernier disque, mais nous y avons mis le meilleur de nous-mêmes. The Suburbs est sans doute notre meilleur CD ».
Voilà qui est dit.
De toute façon, Arcade Fire n’est plus là pour faire ces preuves ou pour conquérir un public. S’il y a bien un groupe qui peut se permettre d’être de moins en moins accessible, c’est bien eux. Ainsi, The Suburbs est un excellent CD contenant plusieurs pépites comme Wasted Hours, The Sprawl(2), Deep Blue et srtout le morceau éponyme doté d’une ligne de piano extrêmement prenante au-dessus duquel vient se coller la voix de Win Butler, toujours belle et grave, qui atteint des sommets (jusqu’alors jamais entendu chez Arcade Fire). Propre et sérieux, Arcade Fire n’a pas faiblit pour passer l’étape du troisième album et devient même une valeur et une référence sûre du XXIe siècle dans le monde de la musique.                                          


Première parution dans le "pasteur déchaîné" novembre 2010

mercredi 1 février 2012

Shakira, Mitterrand, et les chevaliers des arts et des lettres



L'envie de faire un court poste fut soudaine lorsque j'ai entendu les infos ce matin.



La culture selon le ministre F. Mitterrand.


Bon déjà lorsque notre ministre avait supprimé Céline de la liste des célébrations nationales, quelque chose clochait.
Parfois, pour m'amuser, j'imaginais alors la tête de Fabrice Luchini entendant la nouvelle. Lui qui est un passionné de l'œuvre (oui, oui, de l'œuvre), qui en parlait avec passion sur les ondes de France Inter en nocturne entre 2h et 4h du matin, et enfin lui qui avait monté un spectacle se basant sur la récitation des textes de Céline.
Lui, il a dû faire 4 crises cardiaques lorsqu'il a entendu la nouvelle.


Ensuite, il y a eu Christophe Maé....
Oui, F. Mitterrand a fait de Christophe Maé Chevalier des Arts et des Lettres en 2011.


Alors ensuite la question s'impose: 
Est-ce que Mitterrand a des goûts musicaux qui dépassent l'humain ou est-il conseillé par de pauvres types?
À vous d'imaginer une scène: 
Celle de Malraux, qui, dans sa tombe, entend qu'un produit bidon et éphémère qui parle "mal la France" se voit décorer par un insigne qui est censé décorer "les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire ou par la contribution qu'elles ont apportée au rayonnement des arts et des lettres en France et dans le monde".


Christophe Maé a apporté une contribution au rayonnement des arts et des lettre
"Comme une flèche qui nous illusionne, oh non faut pas" 


Et désormais, voilà que Shakira se voit être décorée Chevaliers des Arts et des Lettres aujourd'hui même.
Cette ambassadrice du bon gout et du féminisme a sans doute conquis Mitterrand avec sa voix. Ou son talent.
Enfin peu importe, elle a vendu un paquet de CDs et en plus elle « buzz » avec sa reprise pourrave de Cabrel "Je l'aime à mourir".
En plus, pour ceux qui ne savent pas, Cabrel avait déjà fait la version en espagnol. Oui, c'est une imposture.


Chevalier des arts et des lettres…
Enfin, vu désormais l'insignifiance de la chose, on peut même encore s'étonner qui la "donne" encore.
En effet, 200 personnes sont décorées tous les 6 mois de cette médaille.
Ainsi, pour le fun, je vais citer quelques "chevaliers" (véridique) :
-M.Solly, directeur général adjoint de TF1
-M.Schmit, Notaire (oui, notaire)
-M.Trique, titulaire des orgues de la cathédral de Laval (en fait, lui, je l'ai mis pour son nom)
-M. Aliagas, euh... 


Voilà maintenant ma liste que je vais envoyer aux spécialistes de la culture française :
- Mon voisin qui fait du piano tous les matins à 5h
- Mickael Vendetta
- un pigeon
- F. Mitterrand (la boucle est bouclée)
- Franky Vincent
- Doc Gynéco
- BHL